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| Localisation | Parc Montsouris (Paris) Voir sur Google Maps |
| Temps de jeu | 45 min (estimation) |
| Horaires | 7h00 – 19h30 |
| Disponible | Jusqu’au 8 novembre 2026 |
| A prévoir |
|
Au rĂ©veil, Jieun nâa quâune seule idĂ©e en tĂȘte.
« La Porte de lâesprit »
Depuis sa promenade avec Minho, elle ne cesse de repenser au grand portail et aux caractĂšres inscrits au-dessus. La vieille Jikimi lui avait dĂ©conseillĂ© dâaller « au-delĂ des portes de la raison », Minho avait retrouvĂ© la trace de cette porte dans des ouvrages anciens et, plus Ă©trange encore, il lui avait confiĂ© nâavoir jamais ressenti le moindre esprit Ă proximitĂ©.
Tout cela ne peut pas ĂȘtre une simple coĂŻncidence.
Et surtout, Jieun nâa actuellement aucun moyen de retrouver la Gumiho. Depuis leur rencontre Ă Montmartre, elle espĂšre secrĂštement la revoir, mais elle ignore oĂč chercher et ne possĂšde aucun moyen de lâappeler.
Cette porte est donc sa meilleure piste.
Il reste cependant une question essentielle : comment lâouvrir ?
Car si la vieille femme lui avait expressĂ©ment dĂ©conseillĂ© de le faire, câest quâil doit bien exister quelque chose Ă ouvrir, mĂȘme si le portail que Jieun a dĂ©couvert avec Minho est dĂ©jĂ grand ouvert.
AprĂšs quelques hĂ©sitations, elle pense Ă la personne qui lui a donnĂ© le plus dâindices depuis son arrivĂ©e Ă Paris : la gĂ©rante de Mugunghwa.
Cette fois, Jieun ne la prévient pas.
Elle se rend directement à la boutique de tissus coréens.
–
Lorsquâelle pousse la porte de la boutique, elle retrouve immĂ©diatement lâatmosphĂšre raffinĂ©e qui lâavait tant impressionnĂ©e lors de sa premiĂšre visite. Les Ă©toffes soigneusement disposĂ©es, les couleurs profondes des tissus et les bojagi exposĂ©s donnent toujours au lieu cette Ă©lĂ©gance discrĂšte qui semble caractĂ©riser toutes les boutiques de la gĂ©rante.
Cette derniÚre est justement présente.
Elle discute avec une cliente prĂšs dâun prĂ©sentoir lorsquâelle aperçoit Jieun.
Son expression trahit dâabord sa surprise, mais elle interrompt aussitĂŽt sa conversation pour venir lâaccueillir.
– Bonjour Jieun ! Tu vas bien depuis la derniĂšre fois ? Quâest-ce que je peux faire pour toi ?
Jieun remarque immédiatement le changement.
Lors de leurs premiÚres rencontres, la femme conservait une certaine distance polie. Désormais, son ton est devenu beaucoup plus familier, presque affectueux.
– Bonjour⊠DĂ©solĂ©e, je ne voulais pas vous dĂ©ranger.
Jieun jette un regard vers la cliente dont elle vient dâinterrompre la conversation.
La femme la fixe.
Jieun la regarde Ă son tour.
Puis quelque chose la trouble.
Ce visageâŠ
Elle le connaĂźt.
Il lui faut quelques secondes pour replacer ce souvenir parmi toutes les rencontres quâelle a faites depuis son arrivĂ©e Ă Paris.
Et soudain, elle comprend : C’est la chanteuse de pansori!
Cette femme est la chanteuse quâelle avait rencontrĂ©e par hasard dans un jardin, au tout dĂ©but de son aventure.
Et surtoutâŠ
Cette soirĂ©e correspond Ă©galement Ă lâune de ses toutes premiĂšres rencontres furtives avec la mystĂ©rieuse renarde blanche.
Jieun reste interdite.
La chanteuse semble immĂ©diatement comprendre ce qui se passe dans son esprit. Elle incline lĂ©gĂšrement la tĂȘte avec un sourire discret, comme si elle rĂ©pondait silencieusement Ă une question que Jieun nâa mĂȘme pas eu besoin de formuler.
*Oui. Câest bien moi.*
Mais que fait-elle ici ?
Est-elle, elle aussi, une Jikimi ?
Jieun ne se souvient pourtant pas de lâavoir vue pendant la fĂȘte de Chuseok. Peut-ĂȘtre tous les gardiens nâĂ©taient-ils simplement pas prĂ©sents⊠ou peut-ĂȘtre cette femme occupe-t-elle encore une autre place dans cette histoire.
– Jieun ?
Elle sursaute presque.
La gérante la regarde avec un grand sourire.
– Tu vas bien ? Quâest-ce que je peux faire pour toi ?
Jieun rĂ©alise quâelle est restĂ©e plusieurs secondes plongĂ©e dans ses pensĂ©es.
– Oui⊠Pardon. Je voulais vous demander quelque chose.
Elle hésite une derniÚre fois.
– La porte⊠Vous connaissez la Porte de la raison ?
Le sourire de la vendeuse se fige trÚs légÚrement.
Encore une fois, Jieun reconnaĂźt cette expression quâelle commence Ă dĂ©tester : celle de quelquâun qui sait quelque chose mais rĂ©flĂ©chit Ă ce quâil a le droit de lui rĂ©vĂ©ler.
– Tu dĂ©couvres les choses trĂšs rapidement.
Jieun la fixe.
Cette réponse lui suffit.
*Elle savait.*
Peut-ĂȘtre mĂȘme depuis leur toute premiĂšre rencontre.
Une pointe dâagacement revient immĂ©diatement. Depuis des semaines, les Jikimi la guident suffisamment pour lui permettre dâavancer, mais jamais assez pour quâelle puisse rĂ©ellement comprendre ce qui lui arrive.
Alors Jieun reprend, avec un calme volontairement appuyé :
– Il y a un temps pour ressentir. Un temps pour observer. Et un temps pour comprendre.
Un petit son lui parvient sur le cÎté.
La chanteuse de pansori vient dâĂ©touffer un rire.
Elle baisse aussitĂŽt les yeux comme si elle sâintĂ©ressait soudainement aux tissus exposĂ©s devant elle, mais Jieun comprend parfaitement quâelle vient dâapprĂ©cier sa rĂ©ponse.
La gérante, elle, reste sérieuse.
– Cette phrase signifie justement quâil ne faut pas brĂ»ler les Ă©tapes.
Il y a encore quelques semaines, Jieun aurait probablement accepté cette réponse. Elle aurait remercié la femme, serait repartie avec ses nouvelles questions et aurait attendu que le prochain indice apparaisse.
Mais sa rencontre avec la vieille Jikimi lui a appris autre chose.
Parfois, attendre gentiment ne suffit pas.
– Alors comment est-ce quâon ouvre la porte ?
Cette fois, le silence sâinstalle rĂ©ellement.
La gérante semble prise au dépourvu.
MĂȘme la chanteuse tourne lĂ©gĂšrement la tĂȘte vers Jieun, avant de dĂ©tourner rapidement le visage pour dissimuler un sourire quâelle ne parvient manifestement plus Ă retenir.
La vendeuse hésite.
– JieunâŠ
Elle baisse les yeux quelques secondes.
Lorsquâelle reprend la parole, sa voix a perdu la chaleur habituelle de leurs Ă©changes.
– Je ne peux pas tâaider. Je suis dĂ©solĂ©e.
Puis, presque maladroitement, elle sâĂ©loigne pour aller sâoccuper de quelque chose Ă lâarriĂšre de la boutique.
Jieun reste immobile.
Elle ne sâattendait pas Ă cette rĂ©action.
Depuis leur rencontre, cette femme avait toujours Ă©tĂ© bienveillante avec elle. Câest elle qui lui avait offert le bojagi ancien, parlĂ© des fils invisibles et orientĂ©e vers un autre Jikimi lorsquâelle pensait que Jieun avait besoin de protection.
Jamais elle ne lui avait tourné le dos ainsi.
Lâagacement de Jieun retombe immĂ©diatement.
à sa place, apparaßt un sentiment beaucoup moins agréable : la culpabilité.
Peut-ĂȘtre est-elle allĂ©e trop loin.
Elle voulait simplement obtenir une rĂ©ponse et, depuis quelques jours, elle est tellement fatiguĂ©e des secrets quâelle en oublie parfois que cette femme fait partie des rares personnes qui lâont toujours accueillie avec gentillesse.
Jieun envisage de la rejoindre pour sâexcuser.
Puis elle se ravise.
Ce nâest probablement pas le bon moment.
Elle baisse lĂ©gĂšrement la tĂȘte et se dirige vers la sortie.
La chanteuse de pansori, restée silencieuse jusque-là , la regarde approcher.
Lorsque Jieun arrive devant la porte, la femme fait quelques pas et lâouvre pour elle.
– Merci, murmure Jieun.
Elle sâapprĂȘte Ă sortir lorsque la chanteuse se rapproche lĂ©gĂšrement.
Sa voix devient suffisamment basse pour ne pas porter jusqu’au fond de la boutique.
– Je sais comment ouvrir la porte.
Jieun sâimmobilise.
Elle tourne lentement la tĂȘte vers elle.
Mais la chanteuse conserve une expression parfaitement tranquille.
– Venez chez moi lorsque vous aurez le temps.
Avant que Jieun ait pu répondre, elle glisse discrÚtement quelque chose dans sa main.
Une carte de visite.
Jieun la regarde, stupéfaite.
La chanteuse lui adresse seulement un lĂ©ger sourire avant de sâĂ©carter.
– Bonne journĂ©e, Jieun.
Puis la porte se referme derriĂšre elle.
Dehors, Jieun reste quelques secondes immobile sur le trottoir.
Elle regarde la carte quâelle tient dans sa main.
*Je sais comment ouvrir la porte.*
De quelle porte parlait-elle exactement ?
Pendant une seconde, Jieun envisage l’explication la plus absurde : la chanteuse venait littĂ©ralement de lui ouvrir la porte de la boutique. Peut-ĂȘtre sâamusait-elle simplement de toute cette histoire.
Mais pourquoi lui donner son adresse ?
Et surtout, pourquoi parler aussi bas ?
Jieun se retourne et regarde Ă travers la vitrine.
Ă lâintĂ©rieur, la gĂ©rante est toujours au fond de la boutique. La chanteuse, elle, a repris sa place comme si rien ne venait de se passer.
Un doute plus troublant apparaĂźt.
Et si elle avait attendu que la gĂ©rante sâĂ©loigne pour lui transmettre ce message ?
Les Jikimi ne sont pas tous dâaccord entre eux.
Les paroles du vieil homme lui reviennent immédiatement.
Peut-ĂȘtre vient-elle dâen obtenir une nouvelle preuve.
La vieille femme voulait quâelle abandonne.
La gĂ©rante semble vouloir lâempĂȘcher dâavancer trop vite.
Le vieil homme, au contraire, paraĂźt sâamuser chaque fois que Jieun franchit une nouvelle Ă©tape.
Et maintenant, cette mystĂ©rieuse chanteuse lui propose directement de lui apprendre Ă ouvrir une porte que dâautres prĂ©fĂ©reraient manifestement laisser fermĂ©e.
Jieun range soigneusement la carte.
Elle regrette toujours la maniĂšre dont sâest terminĂ©e sa conversation avec la gĂ©rante. Elle devra revenir lui parler.
Mais une chose est certaine.
Elle était entrée dans cette boutique avec une question.
Elle en ressort avec une adresse.
Et depuis le dĂ©but de son aventure, Jieun a appris une chose : lorsquâune personne liĂ©e Ă sa quĂȘte lui donne une adresse Ă Paris⊠elle finit toujours par y dĂ©couvrir quelque chose.
Au rĂ©veil, Jieun nâa quâune seule idĂ©e en tĂȘte.
« La Porte de lâesprit »
Depuis sa promenade avec Minho, elle ne cesse de repenser au grand portail et aux caractĂšres inscrits au-dessus. La vieille Jikimi lui avait dĂ©conseillĂ© dâaller « au-delĂ des portes de la raison », Minho avait retrouvĂ© la trace de cette porte dans des ouvrages anciens et, plus Ă©trange encore, il lui avait confiĂ© nâavoir jamais ressenti le moindre esprit Ă proximitĂ©.
Tout cela ne peut pas ĂȘtre une simple coĂŻncidence.
Et surtout, Jieun nâa actuellement aucun moyen de retrouver la Gumiho. Depuis leur rencontre Ă Montmartre, elle espĂšre secrĂštement la revoir, mais elle ignore oĂč chercher et ne possĂšde aucun moyen de lâappeler.
Cette porte est donc sa meilleure piste.
Il reste cependant une question essentielle : comment lâouvrir ?
Car si la vieille femme lui avait expressĂ©ment dĂ©conseillĂ© de le faire, câest quâil doit bien exister quelque chose Ă ouvrir, mĂȘme si le portail que Jieun a dĂ©couvert avec Minho est dĂ©jĂ grand ouvert.
AprĂšs quelques hĂ©sitations, elle pense Ă la personne qui lui a donnĂ© le plus dâindices depuis son arrivĂ©e Ă Paris : la gĂ©rante de Mugunghwa.
Cette fois, Jieun ne la prévient pas.
Elle se rend directement à la boutique de tissus coréens.
–
Lorsquâelle pousse la porte de la boutique, elle retrouve immĂ©diatement lâatmosphĂšre raffinĂ©e qui lâavait tant impressionnĂ©e lors de sa premiĂšre visite. Les Ă©toffes soigneusement disposĂ©es, les couleurs profondes des tissus et les bojagi exposĂ©s donnent toujours au lieu cette Ă©lĂ©gance discrĂšte qui semble caractĂ©riser toutes les boutiques de la gĂ©rante.
Cette derniÚre est justement présente.
Elle discute avec une cliente prĂšs dâun prĂ©sentoir lorsquâelle aperçoit Jieun.
Son expression trahit dâabord sa surprise, mais elle interrompt aussitĂŽt sa conversation pour venir lâaccueillir.
– Bonjour Jieun ! Tu vas bien depuis la derniĂšre fois ? Quâest-ce que je peux faire pour toi ?
Jieun remarque immédiatement le changement.
Lors de leurs premiÚres rencontres, la femme conservait une certaine distance polie. Désormais, son ton est devenu beaucoup plus familier, presque affectueux.
– Bonjour⊠DĂ©solĂ©e, je ne voulais pas vous dĂ©ranger.
Jieun jette un regard vers la cliente dont elle vient dâinterrompre la conversation.
La femme la fixe.
Jieun la regarde Ă son tour.
Puis quelque chose la trouble.
Ce visageâŠ
Elle le connaĂźt.
Il lui faut quelques secondes pour replacer ce souvenir parmi toutes les rencontres quâelle a faites depuis son arrivĂ©e Ă Paris.
Et soudain, elle comprend : C’est la chanteuse de pansori!
Cette femme est la chanteuse quâelle avait rencontrĂ©e par hasard dans un jardin, au tout dĂ©but de son aventure.
Et surtoutâŠ
Cette soirĂ©e correspond Ă©galement Ă lâune de ses toutes premiĂšres rencontres furtives avec la mystĂ©rieuse renarde blanche.
Jieun reste interdite.
La chanteuse semble immĂ©diatement comprendre ce qui se passe dans son esprit. Elle incline lĂ©gĂšrement la tĂȘte avec un sourire discret, comme si elle rĂ©pondait silencieusement Ă une question que Jieun nâa mĂȘme pas eu besoin de formuler.
*Oui. Câest bien moi.*
Mais que fait-elle ici ?
Est-elle, elle aussi, une Jikimi ?
Jieun ne se souvient pourtant pas de lâavoir vue pendant la fĂȘte de Chuseok. Peut-ĂȘtre tous les gardiens nâĂ©taient-ils simplement pas prĂ©sents⊠ou peut-ĂȘtre cette femme occupe-t-elle encore une autre place dans cette histoire.
– Jieun ?
Elle sursaute presque.
La gérante la regarde avec un grand sourire.
– Tu vas bien ? Quâest-ce que je peux faire pour toi ?
Jieun rĂ©alise quâelle est restĂ©e plusieurs secondes plongĂ©e dans ses pensĂ©es.
– Oui⊠Pardon. Je voulais vous demander quelque chose.
Elle hésite une derniÚre fois.
– La porte⊠Vous connaissez la Porte de la raison ?
Le sourire de la vendeuse se fige trÚs légÚrement.
Encore une fois, Jieun reconnaĂźt cette expression quâelle commence Ă dĂ©tester : celle de quelquâun qui sait quelque chose mais rĂ©flĂ©chit Ă ce quâil a le droit de lui rĂ©vĂ©ler.
– Tu dĂ©couvres les choses trĂšs rapidement.
Jieun la fixe.
Cette réponse lui suffit.
*Elle savait.*
Peut-ĂȘtre mĂȘme depuis leur toute premiĂšre rencontre.
Une pointe dâagacement revient immĂ©diatement. Depuis des semaines, les Jikimi la guident suffisamment pour lui permettre dâavancer, mais jamais assez pour quâelle puisse rĂ©ellement comprendre ce qui lui arrive.
Alors Jieun reprend, avec un calme volontairement appuyé :
– Il y a un temps pour ressentir. Un temps pour observer. Et un temps pour comprendre.
Un petit son lui parvient sur le cÎté.
La chanteuse de pansori vient dâĂ©touffer un rire.
Elle baisse aussitĂŽt les yeux comme si elle sâintĂ©ressait soudainement aux tissus exposĂ©s devant elle, mais Jieun comprend parfaitement quâelle vient dâapprĂ©cier sa rĂ©ponse.
La gérante, elle, reste sérieuse.
– Cette phrase signifie justement quâil ne faut pas brĂ»ler les Ă©tapes.
Il y a encore quelques semaines, Jieun aurait probablement accepté cette réponse. Elle aurait remercié la femme, serait repartie avec ses nouvelles questions et aurait attendu que le prochain indice apparaisse.
Mais sa rencontre avec la vieille Jikimi lui a appris autre chose.
Parfois, attendre gentiment ne suffit pas.
– Alors comment est-ce quâon ouvre la porte ?
Cette fois, le silence sâinstalle rĂ©ellement.
La gérante semble prise au dépourvu.
MĂȘme la chanteuse tourne lĂ©gĂšrement la tĂȘte vers Jieun, avant de dĂ©tourner rapidement le visage pour dissimuler un sourire quâelle ne parvient manifestement plus Ă retenir.
La vendeuse hésite.
– JieunâŠ
Elle baisse les yeux quelques secondes.
Lorsquâelle reprend la parole, sa voix a perdu la chaleur habituelle de leurs Ă©changes.
– Je ne peux pas tâaider. Je suis dĂ©solĂ©e.
Puis, presque maladroitement, elle sâĂ©loigne pour aller sâoccuper de quelque chose Ă lâarriĂšre de la boutique.
Jieun reste immobile.
Elle ne sâattendait pas Ă cette rĂ©action.
Depuis leur rencontre, cette femme avait toujours Ă©tĂ© bienveillante avec elle. Câest elle qui lui avait offert le bojagi ancien, parlĂ© des fils invisibles et orientĂ©e vers un autre Jikimi lorsquâelle pensait que Jieun avait besoin de protection.
Jamais elle ne lui avait tourné le dos ainsi.
Lâagacement de Jieun retombe immĂ©diatement.
à sa place, apparaßt un sentiment beaucoup moins agréable : la culpabilité.
Peut-ĂȘtre est-elle allĂ©e trop loin.
Elle voulait simplement obtenir une rĂ©ponse et, depuis quelques jours, elle est tellement fatiguĂ©e des secrets quâelle en oublie parfois que cette femme fait partie des rares personnes qui lâont toujours accueillie avec gentillesse.
Jieun envisage de la rejoindre pour sâexcuser.
Puis elle se ravise.
Ce nâest probablement pas le bon moment.
Elle baisse lĂ©gĂšrement la tĂȘte et se dirige vers la sortie.
La chanteuse de pansori, restée silencieuse jusque-là , la regarde approcher.
Lorsque Jieun arrive devant la porte, la femme fait quelques pas et lâouvre pour elle.
– Merci, murmure Jieun.
Elle sâapprĂȘte Ă sortir lorsque la chanteuse se rapproche lĂ©gĂšrement.
Sa voix devient suffisamment basse pour ne pas porter jusqu’au fond de la boutique.
– Je sais comment ouvrir la porte.
Jieun sâimmobilise.
Elle tourne lentement la tĂȘte vers elle.
Mais la chanteuse conserve une expression parfaitement tranquille.
– Venez chez moi lorsque vous aurez le temps.
Avant que Jieun ait pu répondre, elle glisse discrÚtement quelque chose dans sa main.
Une carte de visite.
Jieun la regarde, stupéfaite.
La chanteuse lui adresse seulement un lĂ©ger sourire avant de sâĂ©carter.
– Bonne journĂ©e, Jieun.
Puis la porte se referme derriĂšre elle.
Dehors, Jieun reste quelques secondes immobile sur le trottoir.
Elle regarde la carte quâelle tient dans sa main.
*Je sais comment ouvrir la porte.*
De quelle porte parlait-elle exactement ?
Pendant une seconde, Jieun envisage l’explication la plus absurde : la chanteuse venait littĂ©ralement de lui ouvrir la porte de la boutique. Peut-ĂȘtre sâamusait-elle simplement de toute cette histoire.
Mais pourquoi lui donner son adresse ?
Et surtout, pourquoi parler aussi bas ?
Jieun se retourne et regarde Ă travers la vitrine.
Ă lâintĂ©rieur, la gĂ©rante est toujours au fond de la boutique. La chanteuse, elle, a repris sa place comme si rien ne venait de se passer.
Un doute plus troublant apparaĂźt.
Et si elle avait attendu que la gĂ©rante sâĂ©loigne pour lui transmettre ce message ?
Les Jikimi ne sont pas tous dâaccord entre eux.
Les paroles du vieil homme lui reviennent immédiatement.
Peut-ĂȘtre vient-elle dâen obtenir une nouvelle preuve.
La vieille femme voulait quâelle abandonne.
La gĂ©rante semble vouloir lâempĂȘcher dâavancer trop vite.
Le vieil homme, au contraire, paraĂźt sâamuser chaque fois que Jieun franchit une nouvelle Ă©tape.
Et maintenant, cette mystĂ©rieuse chanteuse lui propose directement de lui apprendre Ă ouvrir une porte que dâautres prĂ©fĂ©reraient manifestement laisser fermĂ©e.
Jieun range soigneusement la carte.
Elle regrette toujours la maniĂšre dont sâest terminĂ©e sa conversation avec la gĂ©rante. Elle devra revenir lui parler.
Mais une chose est certaine.
Elle était entrée dans cette boutique avec une question.
Elle en ressort avec une adresse.
Et depuis le dĂ©but de son aventure, Jieun a appris une chose : lorsquâune personne liĂ©e Ă sa quĂȘte lui donne une adresse Ă Paris⊠elle finit toujours par y dĂ©couvrir quelque chose.

