Lorsqu’on pense aux vêtements traditionnels de Corée, une silhouette vient immédiatement à l’esprit : une veste courte aux lignes délicates, une longue jupe ample ou un pantalon souple, des couleurs parfois éclatantes et des tissus qui semblent accompagner chaque mouvement du corps.
Cet ensemble est généralement désigné sous le nom de hanbok (한복), littéralement « vêtement coréen ».
Mais le hanbok ne correspond pas à un costume unique, figé depuis des siècles. Derrière ce terme se cache tout un univers vestimentaire, dont les formes ont évolué avec les époques, les classes sociales, les saisons et les circonstances de la vie. Vêtements quotidiens, habits de cérémonie, robes de mariage, tenues de cour, manteaux, coiffes et accessoires formaient autrefois un véritable langage permettant parfois de deviner le statut ou la situation de celui qui les portait.
Aujourd’hui encore, le hanbok reste l’un des symboles visuels les plus reconnaissables de la culture coréenne.
Qu’est-ce que le hanbok ?

Le mot hanbok (한복) est composé de han (한), faisant ici référence à la Corée, et de bok (복), « vêtement ».
Dans son principe le plus simple, le hanbok repose sur l’association d’un vêtement supérieur et d’un vêtement inférieur. La veste appelée jeogori (저고리) peut être portée aussi bien par les hommes que par les femmes. Elle est traditionnellement associée à une chima (치마), une jupe ample, pour les femmes, et à un baji (바지), un pantalon large, pour les hommes.

Cette description reste cependant très simplifiée. Une tenue complète pouvait également comprendre des sous-vêtements, des manteaux, des gilets, des chaussures, des chaussettes, des coiffes et différents ornements. Le ministère coréen de la Culture souligne d’ailleurs que la forme du hanbok varie selon les tissus, les techniques de couture, les saisons et la manière dont les différentes couches sont superposées.
C’est donc moins un costume unique qu’une tradition vestimentaire complète.
Une histoire très ancienne
Les origines exactes du vêtement coréen sont difficiles à dater. Des découvertes archéologiques attestent cependant que les populations de la péninsule fabriquaient déjà des textiles dans des périodes très anciennes.
Pour observer des vêtements dont la structure rappelle clairement celle du hanbok, les peintures murales des tombes du royaume de Goguryeo constituent une source particulièrement importante.
Ces peintures montrent notamment des personnages portant des vestes, des pantalons, des jupes et de longues robes. On y retrouve déjà le principe essentiel qui traversera l’histoire du vêtement coréen : la combinaison d’une partie supérieure et d’une partie inférieure relativement indépendantes.
Les formes vestimentaires continuent naturellement à changer pendant les siècles suivants. La péninsule coréenne entretient des relations politiques et culturelles constantes avec les puissances voisines, et les vêtements de cour sont eux aussi influencés par ces échanges.
Mais c’est surtout pendant la dynastie Joseon (1392-1910) que se développent de nombreuses silhouettes aujourd’hui associées au hanbok traditionnel.
La forme contemporaine du hanbok de cérémonie conserve notamment de nombreux éléments caractéristiques des vêtements du milieu et de la fin de la période Joseon.
Le hanbok sous Joseon : le vêtement comme langage social
Sous Joseon, le vêtement ne sert pas uniquement à se protéger du froid ou à embellir celui qui le porte.
Il participe également à l’organisation sociale.
Le type de vêtement, la matière, certains ornements et les vêtements officiels peuvent signaler le rang, la profession, le sexe, l’âge ou la circonstance.

Les membres de l’aristocratie et les fonctionnaires disposent notamment de vêtements particuliers. Les lettrés peuvent porter de longues robes comme le dopo (도포), tandis que les fonctionnaires possèdent leurs propres tenues officielles.

La famille royale dispose elle aussi de vêtements spécifiques. Le roi peut par exemple être représenté portant un gonryongpo (곤룡포), une robe ornée d’un emblème de dragon.
Tous ces habits font partie de l’histoire du vêtement coréen, même s’ils sont très différents du simple ensemble jeogori-chima ou jeogori-baji que l’on associe aujourd’hui spontanément au mot hanbok.
Les principales pièces du hanbok
La richesse du vocabulaire vestimentaire coréen peut sembler impressionnante au premier abord. Quelques termes permettent cependant de comprendre l’essentiel d’une tenue traditionnelle.
| Terme coréen | Nom | Fonction |
|---|---|---|
| 저고리 | Jeogori | Veste portée sur le haut du corps |
| 치마 | Chima | Jupe longue et ample |
| 바지 | Baji | Pantalon traditionnel |
| 고름 | Goreum | Liens ou rubans servant notamment à fermer le jeogori |
| 두루마기 | Durumagi | Long manteau porté par-dessus la tenue |
| 도포 | Dopo | Longue robe historiquement associée notamment aux lettrés |
| 버선 | Beoseon | Chaussettes traditionnelles |
| 갓 | Gat | Chapeau traditionnel masculin |
| 족두리 | Jokduri | Coiffe féminine de cérémonie |
| 노리개 | Norigae | Ornement suspendu au vêtement |
| 활옷 | Hwarot | Robe cérémonielle, notamment associée au mariage |
| 원삼 | Wonsam | Robe cérémonielle féminine |
Le jeogori (저고리)

Le jeogori constitue la partie supérieure fondamentale du hanbok.
Il possède plusieurs éléments caractéristiques, parmi lesquels le git (깃), qui forme le col, le dongjeong (동정), bande blanche placée sur celui-ci, les manches appelées somae (소매) et les liens goreum (고름).
La forme du jeogori a considérablement changé au cours de l’histoire.
Dans certaines représentations anciennes, il descend largement sur le torse. Au cours de Joseon, le jeogori féminin connaît différentes transformations et devient particulièrement court dans certaines modes tardives, accentuant le contraste avec le volume de la jupe.
Cette opposition entre petite veste structurée et ample partie inférieure contribue largement à la silhouette que l’on reconnaît aujourd’hui comme celle du hanbok féminin.
La chima (치마)
La chima est la grande jupe du hanbok féminin.
Son ampleur permet au tissu de se déployer autour du corps et produit les longues lignes fluides caractéristiques du vêtement. Elle est généralement portée avec différentes couches de vêtements intérieurs qui peuvent contribuer à créer son volume.
Contrairement à une robe occidentale construite pour suivre précisément les courbes du corps, le hanbok repose largement sur des pièces relativement planes qui prennent leur forme définitive lorsqu’elles sont portées.
Le ministère coréen de la Culture insiste justement sur cette particularité : la silhouette du hanbok naît de la rencontre entre le textile, le corps et le mouvement.
Le baji (바지)
Le baji est le pantalon traditionnel.
Particulièrement ample, il offre une grande liberté de mouvement. Cette coupe est bien adaptée aux positions traditionnellement adoptées dans la vie quotidienne coréenne, notamment lorsque l’on s’assoit au sol.
Dans le hanbok masculin, il est associé au jeogori et peut être complété par un gilet ou un manteau.
Le bas du pantalon peut également être resserré autour des chevilles à l’aide de liens appelés daenim (대님).
Les vêtements portés par-dessus le hanbok

À l’image des vêtements européens traditionnels, la tenue coréenne pouvait comprendre plusieurs couches.
Parmi les vêtements extérieurs les plus connus figure le durumagi (두루마기), un long manteau porté au-dessus de la tenue principale.
Il existe cependant de nombreuses autres formes de po (포), terme général désignant différents types de longues robes ou manteaux.
La saison joue également un rôle important. Les tissus légers et aérés sont privilégiés pendant les périodes chaudes, tandis que les vêtements hivernaux peuvent être doublés ou matelassés. Les techniques de matelassage pouvaient être appliquées aussi bien aux jeogori qu’aux chima, baji et manteaux.
Des tissus adaptés aux saisons
L’élégance du hanbok repose autant sur sa coupe que sur ses matières.
La soie peut être utilisée pour les vêtements précieux et cérémoniels, tandis que le coton, le chanvre ou la ramie occupent également une place importante dans l’histoire textile coréenne.
Le mosi (모시), tissu extrêmement fin réalisé à partir de ramie, est particulièrement adapté aux chaleurs estivales. La tradition du tissage du mosi de Hansan est d’ailleurs inscrite sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Le choix de la matière transforme profondément le vêtement : un même patron peut produire des silhouettes très différentes selon la rigidité, la transparence ou le poids du textile.
Les couleurs du hanbok ont-elles une signification ?
Les couleurs occupent une place importante dans l’imaginaire associé au hanbok.
Le blanc, en particulier, a longtemps été très présent dans les vêtements quotidiens coréens. Le ministère coréen de la Culture rappelle l’importance historique de cette couleur, associée notamment à une esthétique de simplicité et à certaines conceptions philosophiques et rituelles.
Les vêtements de fête et de cérémonie permettent au contraire l’utilisation de couleurs beaucoup plus éclatantes.

On rencontre notamment l’influence de l’obangsaek (오방색), le système traditionnel des « cinq couleurs » associées aux cinq directions et à différentes conceptions cosmologiques : bleu-vert, rouge, jaune, blanc et noir.
Ces couleurs apparaissent notamment dans le saekdong (색동), assemblage de bandes multicolores particulièrement visible sur certains vêtements d’enfants.
Il faut cependant éviter une simplification courante : chaque couleur d’un hanbok ne possède pas automatiquement une signification unique et universelle. Les usages varient selon les périodes, le contexte, le statut social et la cérémonie.
Les couleurs fonctionnent plutôt comme un vocabulaire culturel dont la signification dépend de la manière dont elles sont combinées et utilisées.
Le saekdong, les couleurs de l’enfance

Les bandes colorées du saekdong sont particulièrement reconnaissables sur les manches de certains hanbok pour enfants.
Le premier anniversaire, appelé dol (돌), constitue traditionnellement une étape très importante de la vie d’un enfant. Les vêtements portés à cette occasion peuvent employer des couleurs particulièrement vives et des manches multicolores, exprimant des souhaits de bonheur, de santé et de protection.
Le vêtement devient alors bien davantage qu’un simple habit : il accompagne symboliquement le passage d’une étape de la vie.
Le hanbok de mariage

Le mariage possède évidemment ses propres vêtements.
Sous Joseon, la mariée peut notamment porter un hwarot (활옷), somptueuse robe de cérémonie richement brodée. Celle-ci présente fréquemment des motifs végétaux et symboliques exprimant des souhaits de bonheur et de longévité pour le couple. Le wonsam (원삼) constitue une autre grande robe cérémonielle féminine.
La coiffure et les accessoires complètent la tenue. Une mariée peut notamment porter une petite coiffe appelée jokduri (족두리).
Le marié dispose lui aussi d’une tenue cérémonielle particulière, inspirée historiquement des vêtements officiels.
Ces costumes montrent une caractéristique essentielle du vêtement traditionnel coréen : le même individu ne s’habille pas de la même manière selon le moment de sa vie.
Naissance, premier anniversaire, mariage, cérémonies ancestrales ou deuil possèdent chacun leurs codes.
Le gat : bien plus qu’un simple chapeau

Impossible de parler de l’habillement traditionnel coréen sans évoquer le célèbre gat (갓).
Ce chapeau à larges bords, dont certaines versions sont fabriquées avec une structure extrêmement fine et semi-transparente, est devenu particulièrement reconnaissable grâce aux peintures historiques, aux musées et plus récemment aux séries coréennes en costume.
Sous Joseon, les coiffes masculines constituent elles aussi un marqueur social important. Il existe de nombreux modèles différents selon le statut et les circonstances.
Le gat n’est donc que l’une des nombreuses pièces d’un impressionnant univers de coiffes traditionnelles. La diversité historique des chapeaux coréens était telle qu’elle frappait déjà les visiteurs étrangers à l’époque moderne.
Norigae et ornements : quand le vêtement devient décoratif

À une tenue féminine peut être suspendu un norigae (노리개).
Cet ornement est généralement composé d’un élément décoratif associé à des cordons et à des franges. Il peut utiliser des pierres, du métal, du jade, du tissu ou différents objets symboliques.
Le norigae met particulièrement bien en évidence le lien entre plusieurs arts traditionnels coréens. Les techniques de maedeup (매듭), l’art coréen des nœuds décoratifs, sont en effet intimement liées à la création de nombreux ornements vestimentaires.
Le hanbok ne peut donc pas être étudié indépendamment de l’artisanat : textile, broderie, teinture, couture, travail du métal, coiffes et nœuds décoratifs participent tous à la construction de la tenue.
Un vêtement pensé pour le mouvement
L’une des particularités esthétiques du hanbok apparaît véritablement lorsqu’il est porté.
Sa coupe repose traditionnellement sur des pièces relativement planes, mais celles-ci prennent du volume autour du corps. Les lignes ne cherchent pas nécessairement à souligner précisément l’anatomie : elles créent plutôt une silhouette nouvelle autour de celle-ci.
Les manches, les pans des vêtements et les grandes jupes réagissent ainsi aux déplacements.
Cette importance du mouvement explique pourquoi une photographie immobile ne révèle qu’une partie de l’esthétique du hanbok. Le tissu se déploie lorsque la personne marche, tourne ou lorsqu’il est pris par le vent. Le ministère coréen de la Culture décrit précisément cette beauté comme résultant de l’association entre coupe plane, superposition et mouvement du corps.
Du hanbok traditionnel au hanbok moderne
Préserver une tradition ne signifie pas nécessairement reproduire indéfiniment les mêmes vêtements.
Depuis plusieurs décennies, des créateurs coréens expérimentent avec ce que l’on appelle notamment le hanbok moderne ou saenghwal hanbok (생활한복), littéralement un hanbok adapté à la vie quotidienne.
Les jupes deviennent parfois plus courtes, les volumes diminuent et les matières sont adaptées à un usage contemporain. Dans d’autres créations, seule une caractéristique traditionnelle est conservée : un col, un goreum, une forme de manche ou la silhouette d’un pantalon.
Certaines collections mélangent même directement vêtements occidentaux et éléments traditionnels.
Le ministère coréen de la Culture souligne cette tendance actuelle consistant à détacher certains éléments du hanbok de la tenue complète afin de pouvoir les intégrer aux vêtements du quotidien.
Le hanbok devient ainsi non seulement un patrimoine à préserver, mais également une source d’inspiration pour la mode contemporaine.
Plus qu’un costume traditionnel
Réduire le hanbok à une « jolie robe traditionnelle coréenne » ferait finalement oublier l’essentiel.
Pendant des siècles, les vêtements ont accompagné presque tous les moments importants de la vie : enfance, passage à l’âge adulte, mariage, vie sociale, cérémonies, rites ancestraux et deuil.
Ils révélaient parfois le statut d’une personne, s’adaptaient aux saisons et associaient le travail de nombreux artisans.
Le hanbok est à la fois textile, histoire, esthétique et langage social.
Ses lignes témoignent de siècles d’évolution, tandis que ses versions contemporaines prouvent qu’une tradition peut continuer à vivre sans rester figée.
C’est peut-être précisément pour cette raison que le hanbok conserve aujourd’hui une telle force symbolique : il permet de reconnaître immédiatement un héritage coréen tout en laissant encore une grande liberté à ceux qui souhaitent le réinventer.

