Arirang (아리랑) est probablement le chant traditionnel coréen le plus célèbre. Quelques notes et son fameux refrain « Arirang, Arirang, Arariyo » suffisent souvent à l’identifier.
Mais il y a un piège : Arirang n’est pas vraiment une chanson unique.
Il existe au contraire des milliers de variantes, avec des mélodies, des rythmes et des paroles qui changent selon les régions et les époques. L’UNESCO estime qu’environ 3 600 variantes, regroupées en une soixantaine de grandes versions, portent le nom d’Arirang.
Arirang est donc à la fois un chant, une famille de chants et un véritable voyage musical à travers la Corée.
D’où vient Arirang ?
Impossible de donner une date de naissance précise à Arirang.
Pendant très longtemps, ces chants ont été transmis oralement, de génération en génération. On pouvait les chanter en travaillant, lors d’une fête ou simplement pour exprimer ses sentiments.
Et leurs paroles n’étaient pas forcément fixes. On pouvait en créer de nouvelles pour parler d’amour, de séparation, des difficultés de la vie, d’un lieu, d’un événement ou même pour plaisanter.
C’est l’une des grandes particularités d’Arirang : chacun pouvait se l’approprier. L’UNESCO souligne encore aujourd’hui cette liberté de créer de nouvelles paroles et de nouvelles variantes.
Même le mot « Arirang » reste mystérieux. De nombreuses histoires tentent de l’expliquer, mais aucune origine certaine ne fait réellement consensus.
Comment Arirang est devenu un symbole de la Corée
Certaines des formes anciennes d’Arirang sont liées aux régions montagneuses de l’actuelle province de Gangwon.
Les chants appelés Arari (아라리) y accompagnaient notamment les travaux et la vie quotidienne. Avec les déplacements de population, ces mélodies ont ensuite circulé vers d’autres régions, notamment Séoul, où elles ont continué à évoluer.
Une étape importante se produit en 1926.
Cette année-là sort le film muet Arirang du réalisateur Na Un-gyu. La chanson associée au film rencontre un immense succès et contribue à populariser une nouvelle forme d’Arirang, aujourd’hui connue sous le nom de Bonjo Arirang (본조아리랑).
Au XXᵉ siècle, Arirang accompagne également les migrations, les bouleversements historiques et les communautés coréennes installées hors de la péninsule.
Il devient progressivement un symbole culturel commun aux Coréens.
En 2012, l’Arirang de République de Corée est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. L’Arirang de Corée du Nord bénéficie à son tour d’une inscription en 2014.
Un Arirang différent selon les régions
Pour comprendre Arirang, le plus simple est finalement… de l’écouter.
Les trois versions régionales les plus souvent mises en avant sont Jeongseon Arirang, Miryang Arirang et Jindo Arirang. Mais elles sont loin d’être les seules.

Jeongseon Arirang 정선아리랑 : l’Arirang des montagnes
Région : Jeongseon, Gangwon
Jeongseon Arirang est l’une des traditions les plus anciennes associées à Arirang.
Dans les montagnes de Gangwon, les habitants chantaient différentes formes d’Arari dans leur vie quotidienne et pendant les travaux.
Le chant peut être très lent, presque contemplatif. La voix semble prendre son temps et suivre les reliefs du paysage.
C’est probablement l’Arirang qui correspond le mieux à l’image d’un chant ancien transmis de génération en génération.
Il existe d’ailleurs plusieurs manières de le chanter : certaines lentes, d’autres beaucoup plus rapides.
À retenir : Jeongseon Arirang est un Arirang plutôt lent, libre et profondément lié aux montagnes de Gangwon.
Gangwon-do Arirang 강원도아리랑 : plus rapide et entraînant
Région : Gangwon
Gangwon possède également un autre Arirang très différent.
Gangwon-do Arirang est plus vif et rythmé. Là où Jeongseon Arirang peut sembler contemplatif, celui-ci donne davantage envie de suivre le rythme.
Cette différence montre déjà pourquoi il est trompeur de parler d’« Arirang » comme d’une chanson unique : une même région peut posséder plusieurs façons de chanter Arirang.
Miryang Arirang 밀양아리랑 : énergique et festif
Région : Miryang, Gyeongsangnam-do
Direction maintenant le sud-est de la Corée.
Miryang Arirang possède une personnalité complètement différente. Son rythme est plus rapide, son refrain est énergique et l’ensemble se prête particulièrement bien au chant collectif.
Il peut donner une impression presque festive.
C’est une bonne manière de casser une idée reçue : Arirang n’est pas nécessairement une chanson triste.
Selon les régions et les paroles, Arirang peut exprimer la mélancolie, mais aussi l’amour, l’humour, la joie ou simplement le plaisir de chanter ensemble.
Jindo Arirang 진도아리랑 : toute l’expressivité du Sud-Ouest
Région : Jindo, Jeollanam-do
Partons cette fois vers le sud-ouest.
Jindo Arirang possède un chant très expressif : la voix tremble, glisse entre les notes et joue beaucoup avec les ornements.
Cette manière de chanter est caractéristique des musiques populaires de la région du Jeolla.
Jindo Arirang peut être profondément émouvant lorsqu’il est interprété lentement, mais devenir beaucoup plus vivant lorsqu’il est chanté collectivement.
À retenir : Jindo Arirang est surtout reconnaissable à son chant riche, puissant et très expressif.
Gyeonggi Arirang 경기아리랑 : l’Arirang que presque tout le monde connaît
Région : Séoul et Gyeonggi
Voici probablement la version la plus familière :
아리랑 아리랑 아라리요
Arirang, Arirang, Arariyo…
Le Gyeonggi Arirang, très proche de ce que l’on appelle également Bonjo Arirang, s’est largement diffusé au XXᵉ siècle.
C’est souvent cette mélodie que l’on utilise aujourd’hui lorsqu’Arirang doit symboliser la Corée lors d’un spectacle ou d’un événement international.
Son histoire est elle-même intéressante : elle montre que ce que l’on considère aujourd’hui comme « traditionnel » peut être le résultat de transformations relativement récentes.
Jeju Arirang 제주아리랑 : une tradition qui continue d’évoluer
Région : île de Jeju
Jeju possède lui aussi ses Arirang, même s’ils sont beaucoup moins célèbres.
Et leur histoire est particulièrement intéressante.
Des formes d’Arirang ont été transmises sur l’île et des associations travaillent aujourd’hui à les préserver et à les faire connaître. Une étude consacrée à la Jeju Arirang Preservation Society mentionne notamment plusieurs chants tels que Flower Arirang, Jochon Arirang ou Hallasan Arirang.
Mais les musiciens ne se contentent pas de préserver les chants existants.
Ils continuent également à créer de nouveaux Arirang.
En 2024, l’album Jeju Arirang Tamna Sori réunissait par exemple des titres comme Jocheon Arirang, Udo Arirang ou Hareubang Arirang, interprétés avec la Jeju Arirang Preservation Society.
C’est peut-être finalement l’exemple le plus important pour comprendre Arirang.
Arirang n’appartient pas seulement au passé.
La tradition continue de changer, de raconter de nouveaux territoires et de nouvelles histoires.
Ce qui se produit aujourd’hui à Jeju suit finalement le même principe que celui qui a permis à Arirang d’évoluer pendant des générations.
Alors, Arirang est-il une musique traditionnelle coréenne ?
Oui… mais ce n’est qu’une toute petite partie d’un univers beaucoup plus vaste.
Le terme général gugak (국악) désigne la musique traditionnelle coréenne.
Et à l’intérieur du gugak, il existe des styles extrêmement différents.
Arirang appartient principalement à la grande famille des minyo (민요).
Les minyo 민요 : les chants du peuple
Les minyo sont les chants populaires traditionnels coréens.
Ce sont les chants transmis dans les villages et les communautés : chants de travail, chants de fête, chants d’amour, chants liés à certains rites ou simplement chansons destinées à être partagées.
Arirang en est l’exemple le plus célèbre.
Mais il existe une multitude d’autres minyo.
Et comme pour Arirang, la géographie compte énormément. Un chant de Séoul ne sonne pas forcément comme un chant de Jeolla, de Gangwon ou de Jeju.
On peut donc découvrir une véritable carte musicale de la Corée à travers les minyo.

Les Gyeonggi minyo 경기민요 : les chants de Séoul et du Gyeonggi
Le terme « Gyeonggi » n’est pas en lui-même un genre musical : lorsqu’on parle de musique traditionnelle, on fait généralement référence aux Gyeonggi minyo, les chants populaires de Séoul et de la région du Gyeonggi.
Ils sont souvent décrits comme relativement clairs, légers et mélodieux.
Le répertoire comprend des chants locaux mais aussi des chants popularisés par des interprètes professionnels. L’Encyclopedia of Korean Culture englobe ainsi sous le terme Gyeonggi minyo plusieurs traditions populaires de la région capitale.
Gyeonggi Arirang appartient à cet univers musical.
Les Namdo minyo 남도민요 : le chant puissant du Sud-Ouest
Dans les provinces du Jeolla, au sud-ouest de la Corée, les chants populaires ont une couleur très différente.
La voix est généralement plus intense et expressive, avec beaucoup de variations et d’ornements.
Jindo Arirang appartient à cette famille musicale.
C’est également dans cette partie de la Corée que s’est particulièrement développé un autre grand art vocal : le pansori.
Le pansori 판소리 : raconter toute une histoire avec une voix et un tambour
Le pansori ressemble presque à un spectacle de théâtre réalisé par seulement deux personnes.
Un chanteur ou une chanteuse raconte une longue histoire en alternant chant, récit parlé, gestes et expressions.
Face à lui, un musicien l’accompagne au buk, un tambour, et l’encourage régulièrement avec des exclamations.
Les histoires peuvent être émouvantes, tragiques… mais aussi extrêmement drôles et satiriques.
Cinq grandes histoires traditionnelles sont encore principalement transmises aujourd’hui, parmi lesquelles Chunhyangga, l’histoire de Chunhyang, et Simcheongga, l’histoire de Sim Cheong.
Si Arirang peut être comparé à une chanson populaire, le pansori est presque un roman entier chanté sur scène.
La jeongga 정가 : une autre façon de chanter
Après les chants populaires et le pansori, changement total d’ambiance.
La jeongga désigne une tradition vocale beaucoup plus raffinée, historiquement associée aux lettrés et aux classes supérieures de la période Joseon.
Le chant est calme, contrôlé et très lent.
La jeongga comprend notamment le gagok (가곡), le gasa (가사) et le sijo (시조).
Le gagok est chanté avec l’accompagnement d’un petit ensemble d’instruments traditionnels comme le gayageum, le geomungo, le daegeum ou le piri. Il est inscrit depuis 2010 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
La différence avec Arirang est frappante.
D’un côté, un chant populaire que chacun pouvait transformer et transmettre.
De l’autre, une musique très codifiée demandant une grande maîtrise vocale.
Et pourtant, les deux appartiennent au patrimoine musical coréen.
Le sanjo 산조 : quand l’instrument devient soliste
Toutes les musiques traditionnelles coréennes ne sont évidemment pas chantées.
Le sanjo est une musique instrumentale dans laquelle un instrument joue le rôle principal, généralement accompagné par un janggu, le tambour en forme de sablier.
Le soliste peut jouer du gayageum, du geomungo, du haegeum, du daegeum ou d’autres instruments.
Une particularité rend le sanjo très facile à reconnaître : la musique commence lentement et accélère progressivement.
L’interprète dispose également d’une certaine liberté, donnant au sanjo un caractère très vivant.
Le nongak 농악 : musique, danse et fête collective
Avec le nongak, impossible de rester tranquillement assis.
Cette tradition populaire est liée aux communautés rurales. Elle mélange percussions, musique, danse, défilés et parfois véritables acrobaties.
Les musiciens jouent notamment du kkwaenggwari, petit gong métallique, du jing, grand gong, du janggu et du buk.
Historiquement, le nongak pouvait accompagner les travaux agricoles, les fêtes, les rites du village ou les célébrations des récoltes.
L’UNESCO souligne d’ailleurs qu’il ne s’agit pas seulement de musique, mais d’un véritable art collectif mêlant musique, danse, théâtre et vie communautaire.
Le très connu samulnori (사물놀이) est lié à cet univers : il reprend notamment les quatre grandes percussions du nongak dans une forme de concert créée beaucoup plus récemment.
Une musique traditionnelle… ou des musiques traditionnelles ?
C’est probablement la chose la plus importante à retenir.
Il n’existe pas une musique traditionnelle coréenne.
| Tradition | En quelques mots |
|---|---|
| Arirang | Une immense famille de chants populaires qui change selon les régions |
| Minyo | Les chants populaires traditionnels |
| Gyeonggi minyo | Les chants populaires de Séoul et du Gyeonggi |
| Namdo minyo | Les chants du Sud-Ouest, souvent très expressifs |
| Pansori | Une longue histoire chantée par un interprète accompagné d’un tambour |
| Jeongga | Un chant raffiné, lent et très contrôlé |
| Sanjo | Un solo instrumental qui accélère progressivement |
| Nongak | Percussions, danse et fête communautaire |
Arirang, une porte d’entrée vers la musique coréenne
Arirang est donc bien plus qu’une célèbre mélodie.
De Jeongseon à Miryang, de Jindo à Jeju, il montre comment une chanson peut voyager, se transformer et prendre les couleurs de chaque région.
Et surtout, son histoire continue.
Les paroles changent. Les musiciens créent de nouvelles versions. Des Arirang apparaissent encore aujourd’hui.
C’est peut-être pour cela qu’il est devenu un symbole aussi puissant : Arirang appartient au patrimoine coréen, mais il n’a jamais cessé d’être vivant.
Et une fois la porte d’Arirang franchie, tout un monde musical reste à découvrir : les minyo de chaque région, les récits du pansori, le chant raffiné de la jeongga, les improvisations du sanjo ou encore l’énergie des percussions du nongak.

