
La monarchie coréenne, en particulier sous la dynastie Joseon puis sous l’Empire coréen, a développé un langage visuel très riche pour représenter le pouvoir royal. Dans les palais, les cérémonies, les vêtements, les portraits ou les objets officiels, chaque détail pouvait avoir une signification : un dragon brodé, un chapeau noir, un trône rouge, un sceau en or, une fleur de prunier ou encore un écran peint derrière le souverain.
Ces symboles ne servaient pas seulement à décorer. Ils permettaient de rendre visible l’autorité du roi, de distinguer les rangs à la cour, de rappeler la continuité de la dynastie et de placer le souverain dans un ordre plus vaste, reliant la famille royale, les ancêtres, la nature et le ciel. La monarchie coréenne se présentait donc à travers un ensemble d’objets, de motifs et de rituels très codifiés.
Aujourd’hui, ces symboles continuent d’être reconnaissables, notamment grâce aux musées, aux palais historiques et aux séries coréennes. La série Perfect Crown, qui imagine une Corée contemporaine où la monarchie existe encore, en offre un bon exemple : elle reprend des codes visuels anciens — écran royal, vêtements de cour, cérémonies, coiffes de mariage — et les adapte à une esthétique moderne.
I. Les objets du pouvoir royal
1. Le trône royal — eojwa / 어좌

Le trône royal, appelé eojwa, était l’un des symboles les plus importants de la monarchie coréenne. Il se trouvait dans la salle principale du palais, là où le roi recevait les fonctionnaires, présidait les cérémonies et affirmait son autorité.
Le trône n’était pas un simple siège. Il organisait tout l’espace autour du souverain. Sa position centrale, son décor rouge et or, ses motifs de dragons et son association avec l’écran royal créaient une véritable mise en scène du pouvoir. Le roi apparaissait ainsi comme le centre visible du royaume.
2. L’écran du Soleil, de la Lune et des Cinq Pics — Irwol Obongdo / 일월오봉도

L’Irwol Obongdo est l’un des symboles les plus reconnaissables de la royauté coréenne. Il représente le soleil, la lune, cinq montagnes, des pins, des cascades et des vagues. On le plaçait derrière le trône, derrière les portraits royaux ou dans les lieux où le roi était représenté officiellement.
Le soleil et la lune évoquent l’équilibre cosmique. Les cinq pics symbolisent la stabilité et la permanence. Les pins sont associés à la longévité, tandis que l’eau et les montagnes rappellent la force de la nature. L’ensemble forme une image idéale du monde : un univers harmonieux, stable et protégé, au centre duquel se trouve le souverain.
Cet écran est à la fois un objet matériel et une image politique. Dans certaines représentations officielles, il suffisait parfois à évoquer la présence du roi, même lorsque celui-ci n’était pas directement représenté.
3. Les sceaux royaux — eobo / 어보

Les sceaux royaux, appelés eobo, étaient des objets officiels liés à l’autorité du roi, de la reine et des membres de la famille royale. Ils servaient notamment lors des cérémonies d’investiture ou d’attribution de titres.
Ils étaient souvent fabriqués en matériaux précieux, comme l’or ou le jade. Leur poignée pouvait prendre la forme d’une tortue, symbole de stabilité et de longévité, ou d’un dragon dans certains contextes impériaux. Ces sceaux n’étaient pas seulement administratifs : ils affirmaient le rang, la légitimité et la continuité de la dynastie.
Après certaines cérémonies, ils pouvaient être conservés avec d’autres objets officiels liés au statut royal. Leur importance montre que le pouvoir monarchique reposait autant sur les rites et les symboles que sur les décisions politiques.
4. La robe au dragon — gonryongpo / 곤룡포

La robe au dragon, appelée gonryongpo, faisait partie des vêtements les plus reconnaissables du roi. Elle était portée dans le cadre des fonctions officielles et signalait immédiatement le rang du souverain.
Le dragon brodé sur la robe était le motif essentiel. Il représentait la puissance, la dignité, la sagesse et l’autorité royale. Contrairement à l’image occidentale du dragon comme créature dangereuse, le dragon d’Asie orientale est souvent associé au ciel, à la pluie, à l’énergie vitale et au pouvoir bénéfique.
Le vêtement royal fonctionnait donc comme un langage visuel : avant même que le roi ne parle, son habit indiquait son statut.
5. Le chapeau royal — ikseongwan / 익선관

Le chapeau royal est un symbole important, même s’il est moins spectaculaire qu’une couronne européenne. Le plus connu est l’ikseongwan, un chapeau noir reconnaissable à ses deux formes relevées à l’arrière, souvent comparées à des ailes.
Il était porté avec la robe au dragon et appartenait à la tenue officielle du roi. Sa forme sobre mais très codifiée montre une caractéristique importante de la monarchie coréenne : le pouvoir ne se manifeste pas seulement par le luxe, mais aussi par le respect de formes rituelles précises.
L’ikseongwan permettait d’identifier visuellement le souverain dans les portraits et les cérémonies de cour.
6. La couronne cérémonielle — myeollyugwan / 면류관

Pour les grandes cérémonies, le roi pouvait porter une couronne appelée myeollyugwan. Elle se distingue par ses rangées de perles suspendues à l’avant et à l’arrière. Elle accompagnait une tenue cérémonielle très formelle.
Cette couronne n’était pas portée au quotidien. Elle intervenait dans des moments rituels importants, par exemple lors de cérémonies d’État ou de rites ancestraux. Le nombre de rangées et les motifs associés variaient selon le rang : roi, empereur ou prince héritier.
Le myeollyugwan rappelle que le pouvoir royal coréen était profondément lié au rituel. Le souverain devait apparaître dans la tenue adaptée à chaque situation.
7. La robe aux neuf symboles — gujangbok / 구장복

Le gujangbok était une robe cérémonielle portée par les rois Joseon lors d’occasions très formelles. Son nom signifie “robe aux neuf symboles”. Elle était portée avec le myeollyugwan.
Les symboles brodés sur cette robe représentaient les qualités attendues du souverain : autorité, vertu, sagesse, lien avec le ciel et capacité à maintenir l’ordre du royaume. La robe ne montrait donc pas seulement le rang du roi ; elle rappelait aussi les devoirs moraux attachés à sa fonction.
8. La tenue cérémonielle de la reine — jeogui / 적의

La reine possédait elle aussi une tenue cérémonielle très codifiée. Le jeogui était porté lors des occasions les plus solennelles, comme les investitures ou les cérémonies importantes.
Le motif principal du jeogui est le faisan. Cet oiseau symbolise la dignité, la beauté, la vertu et le rang élevé. Le vêtement pouvait aussi comporter des motifs floraux, notamment liés à l’ihwa, la fleur de prunier.
La distinction est intéressante : le roi est très fortement associé au dragon, tandis que la reine est souvent représentée par des motifs de faisans, de fleurs et d’ornements raffinés.
9. Le palanquin royal — yeon / 연

Le palanquin royal servait aux déplacements du souverain. Il était accompagné de serviteurs, de gardes, de musiciens, de bannières et d’objets cérémoniels.
Comme le trône, le palanquin ne servait pas seulement à une fonction pratique. Il mettait en scène la présence du roi dans l’espace public. Lorsque le souverain se déplaçait, toute une procession organisée rappelait son rang et la puissance de la cour.
10. Les portraits royaux — eojin / 어진

Les portraits royaux, appelés eojin, étaient des représentations officielles du souverain. Ils ne servaient pas seulement à montrer son apparence physique. Ils prolongeaient symboliquement sa présence et pouvaient être associés à des rites.
Ils permettaient aussi d’affirmer la continuité de la dynastie. En honorant les portraits des rois précédents, la cour rappelait que le pouvoir du souverain vivant s’inscrivait dans une lignée.
11. Jongmyo et les rites ancestraux

Jongmyo est le sanctuaire ancestral de la dynastie Joseon. On y conservait les tablettes spirituelles des rois et reines, et des rites y étaient célébrés pour honorer les ancêtres royaux.
Ce lieu est essentiel pour comprendre la monarchie coréenne. Le pouvoir du roi ne reposait pas seulement sur sa personne : il était lié à la mémoire des souverains précédents, à la continuité familiale et à la légitimité dynastique.
II. Les emblèmes et motifs royaux
1. Le dragon — yong / 용

Le dragon est probablement le symbole royal coréen le plus fort. On le retrouve sur les robes, les trônes, les sceaux, les plafonds de palais, les palanquins et certains objets cérémoniels.
Il représente la puissance, la majesté, la sagesse et l’autorité. Dans le contexte royal, il indique que le souverain occupe un rang exceptionnel. Le dragon est donc plus qu’un motif décoratif : c’est une image politique.
2. Le soleil, la lune et les cinq pics
Ces éléments sont inséparables de l’Irwol Obongdo. Le soleil et la lune symbolisent l’équilibre du monde. Les cinq montagnes représentent la stabilité, la force et la permanence. Ensemble, ils placent le roi au centre d’un univers ordonné.
Ce motif est très important car il montre que le pouvoir royal n’est pas seulement politique. Il est aussi cosmique et moral : le souverain doit maintenir l’harmonie du royaume.
3. La fleur de prunier — ihwa ou oyat / 이화·오얏

La fleur de prunier, appelée ihwa ou oyat, devient particulièrement importante sous l’Empire coréen. Elle est associée à la maison royale Yi/Lee et devient un emblème impérial.
On la retrouve sur des objets officiels, des décorations, des bâtiments, des vêtements et des médailles. Elle marque le passage d’un royaume à un empire et donne une identité visuelle nouvelle à la monarchie coréenne à la fin du XIXe siècle.
4. Le phénix — bonghwang / 봉황

Le phénix est associé à la paix, à la prospérité, à la noblesse et à l’harmonie. On le retrouve dans certains objets cérémoniels, dans les palais ou dans les processions.
Il complète l’imaginaire du dragon. Là où le dragon exprime surtout la puissance du souverain, le phénix évoque davantage l’équilibre, la vertu et la prospérité du règne.
5. Le faisan

Le faisan est surtout lié à la reine et aux vêtements cérémoniels féminins. Sur le jeogui, il apparaît en motifs répétés, alignés avec soin.
Il symbolise la dignité, la beauté et le rang élevé. Il permet aussi de distinguer le langage visuel de la reine de celui du roi. Dans l’iconographie royale, chaque personnage possède ainsi ses propres signes.
6. Les quatre animaux gardiens

Les quatre animaux gardiens sont le dragon bleu, le tigre blanc, l’oiseau rouge et la tortue-serpent noire. Ils correspondent aux directions cardinales et apparaissent notamment dans les drapeaux cérémoniels.
Dans les processions royales, ces animaux permettaient de construire un espace symboliquement protégé autour du souverain. Le déplacement du roi devenait ainsi une cérémonie ordonnée, encadrée par des signes de protection.
III. Symboles cérémoniels du mariage : jokduri et yeonji-gonji
1. Le jokduri / 족두리

Le jokduri est une petite coiffe traditionnelle portée par les femmes lors des cérémonies, en particulier pendant les mariages. Il est souvent noir, décoré d’ornements colorés, de perles ou de motifs floraux.
Ce n’est pas un symbole royal au même niveau que le trône, le dragon ou le sceau. Il appartient plutôt au registre du mariage et du cérémoniel féminin. Cependant, il est intéressant dans un dossier sur la monarchie, car les mariages traditionnels coréens autorisaient parfois les mariés à porter des vêtements inspirés des habits de cour. Le mariage devenait ainsi un moment où des codes visuels prestigieux étaient repris dans un cadre familial et rituel.
Dans une scène de mariage royal, le jokduri prend une dimension encore plus forte : il ne montre pas seulement la mariée, il signale son entrée dans un ordre dynastique.
2. Les trois points rouges — yeonji-gonji / 연지곤지

Les yeonji-gonji sont les marques rouges du maquillage traditionnel de la mariée. On parle souvent de trois points rouges : deux sur les joues et un entre les sourcils. Les deux points des joues sont appelés yeonji, tandis que celui du front est appelé gonji.
La couleur rouge est associée à la protection, à la vitalité et au bonheur. Ces marques sont donc plus que décoratives : elles accompagnent le passage de la mariée vers un nouveau statut.
Comme le jokduri, les yeonji-gonji ne sont pas des symboles exclusivement monarchiques. Mais dans un mariage royal, ils deviennent des signes rituels très visibles, qui relient la cérémonie à la tradition coréenne.
IV. Un parallèle contemporain : les symboles royaux dans Perfect Crown

La série Perfect Crown est intéressante parce qu’elle ne se présente pas comme une reconstitution historique. Elle imagine une Corée du Sud contemporaine où la monarchie existe encore sous une forme constitutionnelle. Cela permet à la série de mélanger des symboles historiques, des codes de cour, des vêtements modernes et une esthétique de drama romantique.
Le symbole le plus évident est l’écran du Soleil, de la Lune et des Cinq Pics. Utilisé dans certains visuels et décors royaux, il renvoie directement à l’Irwol Obongdo placé derrière les trônes des rois Joseon. Dans la série, il fonctionne immédiatement comme un signal visuel : le spectateur comprend qu’il se trouve dans un espace de pouvoir.
Les vêtements sont également essentiels. Perfect Crown réinterprète les habits de cour, les hanbok, les uniformes et les tenues cérémonielles dans une version moderne. Les costumes ne servent pas seulement à créer une belle image : ils indiquent le rang, l’ambition, l’appartenance à la cour ou le désir d’entrer dans ce monde.
La série reprend aussi des éléments liés au mariage traditionnel, notamment le jokduri et les yeonji-gonji. Ces signes ne sont pas strictement monarchiques, mais ils deviennent très parlants dans une scène de mariage royal. Ils montrent comment un rituel intime, celui du mariage, peut devenir un événement politique et dynastique.
Enfin, la série utilise des lieux et des rites associés à la mémoire royale, comme les cérémonies ancestrales. Cela rappelle que la monarchie coréenne ne repose pas seulement sur la figure du souverain vivant : elle s’appuie aussi sur la continuité de la famille royale, le respect des ancêtres et la transmission des rites.
Il faut cependant garder une nuance importante : Perfect Crown est une fiction. Elle ne doit pas être utilisée comme une source historique directe. Son intérêt est plutôt de montrer comment les symboles monarchiques coréens peuvent être réinventés pour un public contemporain. Le trône devient un décor politique, le hanbok devient une mode du pouvoir, le mariage devient une scène de légitimation, et les emblèmes anciens deviennent des signes immédiatement reconnaissables dans la culture populaire.
Conclusion
Les symboles de la monarchie coréenne révèlent une conception du pouvoir très codifiée. Le roi n’était pas seulement présenté comme un chef politique : il était placé au centre d’un ordre plus vaste, reliant la dynastie, les ancêtres, la nature, le ciel et la société. Cette vision se lisait dans les objets qu’il utilisait, dans les vêtements qu’il portait, dans les images qui l’entouraient et dans les rites auxquels il participait.
Le trône, les sceaux, les robes royales, le chapeau ou la couronne donnaient une forme concrète à l’autorité du souverain. Les motifs du dragon, du soleil, de la lune, des montagnes, du phénix, du faisan ou de la fleur de prunier ajoutaient une signification plus profonde : puissance, équilibre, légitimité, prospérité et continuité dynastique.
Les symboles liés au mariage, comme le jokduri et les yeonji-gonji, montrent aussi que certains codes prestigieux pouvaient dépasser le cadre strict de la cour pour rejoindre les cérémonies familiales. Lorsqu’ils sont utilisés dans une fiction comme Perfect Crown, ils prennent une nouvelle dimension : ils permettent au public de reconnaître immédiatement un univers royal, même dans un décor contemporain.
Étudier ces symboles permet donc de mieux comprendre la monarchie coréenne elle-même, mais aussi la manière dont son imaginaire continue de circuler aujourd’hui. Derrière les objets et les motifs se trouve tout un système de pensée : le pouvoir devait être visible, ordonné, légitime et inscrit dans une tradition. C’est cette richesse symbolique qui donne à la culture de cour coréenne son caractère à la fois solennel, raffiné et durable.

