Saison 2
Épisode 16 — Instruments traditionnels coréens
Depuis quelque temps, Jieun en est convaincue : chaque fois qu’elle se rapproche d’un élément de la culture de son pays, quelque chose semble avancer dans sa quête. Un lieu, une rencontre, un objet, parfois même une simple sensation… tout finit par former un fil invisible qui la ramène encore et encore vers la même histoire.
C’est ainsi qu’elle découvre qu’un concert de musique traditionnelle coréenne doit avoir lieu sur une petite place parisienne.
Elle n’a reçu aucun indice particulier, personne ne lui a demandé de s’y rendre, mais elle se dit que ce genre de hasard n’en est peut-être plus vraiment un. Et puis, si rien ne se passe, elle aura au moins passé un moment à écouter la musique de son pays.
Lorsqu’elle arrive sur place, Jieun découvre un endroit charmant, presque caché entre les bâtiments. Il suffit de quelques pas pour que l’agitation de Paris paraisse soudain très loin, comme si cette petite place vivait à son propre rythme, protégée du bruit et du mouvement de la ville.
Une scène modeste a été installée au centre, et les spectateurs commencent tranquillement à prendre place. L’endroit est petit, ce qui donne immédiatement au concert une atmosphère intime, presque confidentielle.
Jieun cherche une place pour s’installer lorsqu’un visage attire son attention.
Elle ralentit, regarde une seconde fois pour être certaine de ne pas se tromper, puis ouvre légèrement les yeux.
C’est lui! L’homme des Arènes de Lutèce.
Celui qui l’avait empêchée d’approcher la mystérieuse silhouette blanche.
Cette fois, il n’a rien de l’inconnu inquiétant apparu dans l’obscurité d’un jardin. Assis parmi les autres spectateurs, il paraît beaucoup plus calme, presque ordinaire.
Jieun hésite quelques secondes, puis décide de s’approcher.
— Bonjour… Nous nous sommes bien rencontrés aux Arènes de Lutèce il y a quelques jours ?
L’homme lève les yeux vers elle et une légère surprise apparaît sur son visage.
— Ah… oui. Je crois bien.
Un petit silence embarrassé s’installe aussitôt, chacun semblant se souvenir exactement de la manière dont leur première rencontre s’était terminée.
L’homme finit par désigner la chaise vide à côté de lui.
— Installez-vous donc, la place est libre.
— Merci.
Jieun s’assoit.
Elle aurait une dizaine de questions à lui poser immédiatement. Qui est-il ? Que faisait-il dans le jardin ? Que poursuivait-il ? Pourquoi semblait-il en savoir autant ?
Mais elle ne sait toujours pas si elle peut lui faire confiance, et il est hors de question de lui parler du carnet.
Pas encore.
Alors elle choisit une question plus banale.
— Vous êtes à Paris depuis longtemps ?
Il tourne légèrement la tête vers elle.
— Un mois environ. Et vous ?
La conversation commence ainsi, presque naturellement. Jieun apprend qu’il s’appelle Minho, qu’il vient de Séoul comme elle et qu’il est arrivé à Paris peu de temps avant leur rencontre. Ils parlent de la ville, de leur arrivée en France, des différences avec la Corée et de tout ce qui leur manque parfois.
Pourtant, malgré la facilité grandissante de leur échange, ils évitent soigneusement le seul sujet qui les intéresse vraiment : la véritable raison de leur présence à Paris.
Jieun le sent très bien.
Minho cache quelque chose.
Et elle devine qu’il pense probablement exactement la même chose d’elle.
Soudain, les applaudissements retentissent autour d’eux.
Jieun relève la tête et voit les artistes entrer sur scène, vêtus de magnifiques tenues traditionnelles. Chacun tient ou rejoint son instrument : les cordes délicates du gayageum, le timbre singulier du haegeum, les sonorités des instruments à vent et les percussions qui viennent progressivement compléter l’ensemble.
Avant même la première note, le public semble déjà conquis par la beauté de la scène.
Puis la musique commence.
Les conversations cessent presque immédiatement et les premières sonorités se répandent doucement sur la petite place. Jieun reconnaît certains instruments, en découvre d’autres, observe les gestes précis des musiciens et se laisse rapidement porter par la musique.
Puis, presque instinctivement, elle tourne légèrement la tête vers Minho.
Lui aussi semble totalement absorbé par le spectacle. Son visage n’a plus cette expression sévère qu’elle lui connaissait ; il paraît simplement apaisé, attentif à chaque note.
Jieun reporte son regard vers la scène, mais quelques secondes plus tard, ses yeux reviennent encore vers lui.
Elle ne saurait pas vraiment expliquer pourquoi elle apprécie autant cet instant. Peut-être est-ce cette petite place ravissante, la douceur de la musique ou le plaisir de retrouver quelque chose de familier au milieu de Paris.
Ou peut-être est-ce simplement sa présence.
La première fois qu’ils se sont rencontrés, Minho l’avait agacée presque immédiatement. Pourtant, ce soir, assis tranquillement à côté d’elle, il produit sur Jieun l’effet exactement inverse.
Elle se sent en sécurité.
Depuis son arrivée à Paris, elle vit dans une tension presque constante. Elle observe chaque détail, interprète chaque rencontre et se demande continuellement à qui elle peut faire confiance.
À côté de Minho, pendant quelques minutes, elle s’autorise simplement à relâcher cette vigilance.
Sans même s’en apercevoir, elle le regarde depuis un peu trop longtemps.
Minho finit par tourner la tête.
Leurs regards se croisent.
Il ne dit rien, mais un sourire doux apparaît simplement sur son visage.
Jieun réalise alors qu’elle le fixe depuis au moins 2 minutes. Elle détourne aussitôt les yeux vers la scène, légèrement gênée, en espérant que l’obscurité dissimule suffisamment son embarras.
La musique continue, mais quelque chose vient de changer.
Elle regarde consciencieusement les musiciens devant elle, tandis que son esprit, lui, reste beaucoup trop occupé par l’homme assis à ses côtés.
Les dernières notes s’évanouissent lentement et la petite place se remplit d’applaudissements.
Jieun sort de ses pensées avec l’étrange impression que le concert vient à peine de commencer. Elle se tourne vers Minho avec un grand sourire.
— C’était vraiment bien !
Il lui rend son sourire.
— Oui. C’était un moment magique.
Cette fois, aucune silhouette blanche n’est apparue entre les arbres. Aucune créature n’a interrompu la soirée et aucun nouvel indice impossible n’est venu bouleverser ses certitudes.
Pour une fois, il ne s’est rien passé.
Et Jieun réalise que cela lui a fait du bien.
Ce soir, elle a simplement découvert de magnifiques instruments, écouté une musique qu’elle aime et partagé un moment avec quelqu’un qu’elle commence tout juste à connaître.
Mais maintenant que le concert est terminé, les questions reviennent naturellement.
Elle regarde Minho.
C’est peut-être l’occasion.
Depuis leur rencontre aux Arènes, elle veut lui demander ce qu’il sait réellement sur les mystérieuses créatures qui semblent apparaître sur son chemin. Peut-être pourrait-elle commencer par une question prudente, sans mentionner le carnet ni révéler tout ce qu’elle a découvert.
Jieun hésite quelques secondes, puis prend une profonde inspiration et se tourne vers lui.
— Minho, je voulais vous demander…
— Vous avez mangé ?, lui demande-t-il soudainement.
Jieun s’arrête net.
— Pardon ?
Minho sourit, presque amusé par son expression.
— Je vous demandais si vous aviez déjà dîné. Je connais un endroit pas très loin.
Pendant une seconde, Jieun oublie complètement la question qu’elle voulait poser.
Une chaleur inattendue lui monte au visage.
Il l’invite à dîner.
Toutes les interrogations qu’elle avait soigneusement préparées peuvent finalement attendre encore un peu.
— Non… je n’ai pas encore mangé.
Elle sourit.
— Alors oui. Avec plaisir.
Ils quittent ensemble la petite place pendant que les musiciens commencent à ranger leurs instruments.
Ce soir, Jieun n’a trouvé aucun nouvel indice et elle n’a obtenu aucune réponse sur le carnet, sur sa grand-mère ou sur la mystérieuse silhouette blanche.
Et pourtant, en marchant à côté de Minho dans les rues de Paris, elle a l’étrange sensation que cette soirée vient malgré tout de faire avancer son histoire.
Simplement pas dans la direction qu’elle imaginait.
C’est ainsi qu’elle découvre qu’un concert de musique traditionnelle coréenne doit avoir lieu sur une petite place parisienne.
Elle n’a reçu aucun indice particulier, personne ne lui a demandé de s’y rendre, mais elle se dit que ce genre de hasard n’en est peut-être plus vraiment un. Et puis, si rien ne se passe, elle aura au moins passé un moment à écouter la musique de son pays.
Lorsqu’elle arrive sur place, Jieun découvre un endroit charmant, presque caché entre les bâtiments. Il suffit de quelques pas pour que l’agitation de Paris paraisse soudain très loin, comme si cette petite place vivait à son propre rythme, protégée du bruit et du mouvement de la ville.
Une scène modeste a été installée au centre, et les spectateurs commencent tranquillement à prendre place. L’endroit est petit, ce qui donne immédiatement au concert une atmosphère intime, presque confidentielle.
Jieun cherche une place pour s’installer lorsqu’un visage attire son attention.
Elle ralentit, regarde une seconde fois pour être certaine de ne pas se tromper, puis ouvre légèrement les yeux.
C’est lui! L’homme des Arènes de Lutèce.
Celui qui l’avait empêchée d’approcher la mystérieuse silhouette blanche.
Cette fois, il n’a rien de l’inconnu inquiétant apparu dans l’obscurité d’un jardin. Assis parmi les autres spectateurs, il paraît beaucoup plus calme, presque ordinaire.
Jieun hésite quelques secondes, puis décide de s’approcher.
— Bonjour… Nous nous sommes bien rencontrés aux Arènes de Lutèce il y a quelques jours ?
L’homme lève les yeux vers elle et une légère surprise apparaît sur son visage.
— Ah… oui. Je crois bien.
Un petit silence embarrassé s’installe aussitôt, chacun semblant se souvenir exactement de la manière dont leur première rencontre s’était terminée.
L’homme finit par désigner la chaise vide à côté de lui.
— Installez-vous donc, la place est libre.
— Merci.
Jieun s’assoit.
Elle aurait une dizaine de questions à lui poser immédiatement. Qui est-il ? Que faisait-il dans le jardin ? Que poursuivait-il ? Pourquoi semblait-il en savoir autant ?
Mais elle ne sait toujours pas si elle peut lui faire confiance, et il est hors de question de lui parler du carnet.
Pas encore.
Alors elle choisit une question plus banale.
— Vous êtes à Paris depuis longtemps ?
Il tourne légèrement la tête vers elle.
— Un mois environ. Et vous ?
La conversation commence ainsi, presque naturellement. Jieun apprend qu’il s’appelle Minho, qu’il vient de Séoul comme elle et qu’il est arrivé à Paris peu de temps avant leur rencontre. Ils parlent de la ville, de leur arrivée en France, des différences avec la Corée et de tout ce qui leur manque parfois.
Pourtant, malgré la facilité grandissante de leur échange, ils évitent soigneusement le seul sujet qui les intéresse vraiment : la véritable raison de leur présence à Paris.
Jieun le sent très bien.
Minho cache quelque chose.
Et elle devine qu’il pense probablement exactement la même chose d’elle.
Soudain, les applaudissements retentissent autour d’eux.
Jieun relève la tête et voit les artistes entrer sur scène, vêtus de magnifiques tenues traditionnelles. Chacun tient ou rejoint son instrument : les cordes délicates du gayageum, le timbre singulier du haegeum, les sonorités des instruments à vent et les percussions qui viennent progressivement compléter l’ensemble.
Avant même la première note, le public semble déjà conquis par la beauté de la scène.
Puis la musique commence.
Les conversations cessent presque immédiatement et les premières sonorités se répandent doucement sur la petite place. Jieun reconnaît certains instruments, en découvre d’autres, observe les gestes précis des musiciens et se laisse rapidement porter par la musique.
Puis, presque instinctivement, elle tourne légèrement la tête vers Minho.
Lui aussi semble totalement absorbé par le spectacle. Son visage n’a plus cette expression sévère qu’elle lui connaissait ; il paraît simplement apaisé, attentif à chaque note.
Jieun reporte son regard vers la scène, mais quelques secondes plus tard, ses yeux reviennent encore vers lui.
Elle ne saurait pas vraiment expliquer pourquoi elle apprécie autant cet instant. Peut-être est-ce cette petite place ravissante, la douceur de la musique ou le plaisir de retrouver quelque chose de familier au milieu de Paris.
Ou peut-être est-ce simplement sa présence.
La première fois qu’ils se sont rencontrés, Minho l’avait agacée presque immédiatement. Pourtant, ce soir, assis tranquillement à côté d’elle, il produit sur Jieun l’effet exactement inverse.
Elle se sent en sécurité.
Depuis son arrivée à Paris, elle vit dans une tension presque constante. Elle observe chaque détail, interprète chaque rencontre et se demande continuellement à qui elle peut faire confiance.
À côté de Minho, pendant quelques minutes, elle s’autorise simplement à relâcher cette vigilance.
Sans même s’en apercevoir, elle le regarde depuis un peu trop longtemps.
Minho finit par tourner la tête.
Leurs regards se croisent.
Il ne dit rien, mais un sourire doux apparaît simplement sur son visage.
Jieun réalise alors qu’elle le fixe depuis au moins 2 minutes. Elle détourne aussitôt les yeux vers la scène, légèrement gênée, en espérant que l’obscurité dissimule suffisamment son embarras.
La musique continue, mais quelque chose vient de changer.
Elle regarde consciencieusement les musiciens devant elle, tandis que son esprit, lui, reste beaucoup trop occupé par l’homme assis à ses côtés.
Les dernières notes s’évanouissent lentement et la petite place se remplit d’applaudissements.
Jieun sort de ses pensées avec l’étrange impression que le concert vient à peine de commencer. Elle se tourne vers Minho avec un grand sourire.
— C’était vraiment bien !
Il lui rend son sourire.
— Oui. C’était un moment magique.
Cette fois, aucune silhouette blanche n’est apparue entre les arbres. Aucune créature n’a interrompu la soirée et aucun nouvel indice impossible n’est venu bouleverser ses certitudes.
Pour une fois, il ne s’est rien passé.
Et Jieun réalise que cela lui a fait du bien.
Ce soir, elle a simplement découvert de magnifiques instruments, écouté une musique qu’elle aime et partagé un moment avec quelqu’un qu’elle commence tout juste à connaître.
Mais maintenant que le concert est terminé, les questions reviennent naturellement.
Elle regarde Minho.
C’est peut-être l’occasion.
Depuis leur rencontre aux Arènes, elle veut lui demander ce qu’il sait réellement sur les mystérieuses créatures qui semblent apparaître sur son chemin. Peut-être pourrait-elle commencer par une question prudente, sans mentionner le carnet ni révéler tout ce qu’elle a découvert.
Jieun hésite quelques secondes, puis prend une profonde inspiration et se tourne vers lui.
— Minho, je voulais vous demander…
— Vous avez mangé ?, lui demande-t-il soudainement.
Jieun s’arrête net.
— Pardon ?
Minho sourit, presque amusé par son expression.
— Je vous demandais si vous aviez déjà dîné. Je connais un endroit pas très loin.
Pendant une seconde, Jieun oublie complètement la question qu’elle voulait poser.
Une chaleur inattendue lui monte au visage.
Il l’invite à dîner.
Toutes les interrogations qu’elle avait soigneusement préparées peuvent finalement attendre encore un peu.
— Non… je n’ai pas encore mangé.
Elle sourit.
— Alors oui. Avec plaisir.
Ils quittent ensemble la petite place pendant que les musiciens commencent à ranger leurs instruments.
Ce soir, Jieun n’a trouvé aucun nouvel indice et elle n’a obtenu aucune réponse sur le carnet, sur sa grand-mère ou sur la mystérieuse silhouette blanche.
Et pourtant, en marchant à côté de Minho dans les rues de Paris, elle a l’étrange sensation que cette soirée vient malgré tout de faire avancer son histoire.
Simplement pas dans la direction qu’elle imaginait.

