Saison 2
Épisode 15 — Minhwa
Dans l’après-midi, Jieun reçoit un message de Clara.
Elle l’invite à passer la soirée chez elle.
Lorsqu’une journée commence par un message de Clara, Jieun sait désormais deux choses : elle va probablement passer un bon moment… et, d’une manière ou d’une autre, quelque chose d’inattendu risque encore de lui arriver.
Mais Clara est devenue l’une de ses rares véritables amies à Paris. Avec elle, Jieun peut oublier quelques heures le carnet, les créatures mystérieuses et toutes les questions qui s’accumulent depuis son arrivée.
Elle accepte donc sans hésiter.
Le soir venu, Jieun se présente devant la porte n°7 de son appartement et sonne. Quelques secondes plus tard, Clara lui ouvre avec son enthousiasme habituel et un immense sourire.
– Entre !
À peine la porte refermée, la conversation commence. Elles parlent de tout et de rien, rient, passent d’un sujet à un autre sans même s’en rendre compte. Il y a désormais entre elles cette facilité qui donne l’impression qu’elles se connaissent depuis bien plus longtemps que quelques semaines.
Puis, au milieu d’une phrase, Clara s’interrompt brusquement.
Son expression devient songeuse.
– Quoi ? demande Jieun, amusée.
Clara hésite, puis esquisse un sourire légèrement gêné.
– Ça fait un moment que je voulais te montrer quelque chose… mais je n’osais pas trop.
Jieun fronce les sourcils, immédiatement intriguée.
– Me montrer quoi ?
– Viens.
Clara se lève et l’entraîne vers une autre pièce de l’appartement.
Lorsqu’elle ouvre la porte, Jieun s’immobilise.
Les murs sont couverts de minhwa.
Il y en a partout.
Des fleurs aux couleurs éclatantes côtoient des oiseaux, des tigres, des paysages et des objets chargés de symboles. Sur une autre peinture, des livres s’empilent au milieu de porcelaines et d’objets précieux. Plus loin, des animaux semblent surgir d’un monde où la nature, les humains et les créatures fantastiques partageraient le même espace.
Certaines œuvres sont pleines de couleurs et de vie ; d’autres dégagent une atmosphère plus mystérieuse. Toutes possèdent cette manière si particulière de représenter le monde, moins soucieuse de réalisme que de symboles, d’histoires et d’émotions.
Jieun passe lentement d’un tableau à l’autre.
Elle ne s’attendait certainement pas à retrouver autant d’images de son pays derrière une simple porte d’un appartement parisien.
Clara, elle, ne dit rien. Elle reste légèrement en retrait et observe son amie découvrir la pièce avec un sourire presque timide.
Finalement, Jieun se retourne.
– Mais… où est-ce que tu as trouvé tous ces minhwa ?
Clara hésite une seconde.
– Je les ai peints.
Jieun la fixe.
– Toi ?
Clara éclate de rire devant son expression.
Jieun regarde de nouveau les tableaux. Elle était persuadée que certains avaient été rapportés de Corée. Elle se rapproche même d’une peinture pour en observer les détails.
La conversation repart aussitôt. Clara lui raconte sa passion pour cet art, les heures passées à travailler certains motifs, ses réussites et ses tableaux ratés qu’elle refuse catégoriquement de lui montrer.
Puis, au milieu de leur discussion, Clara observe Jieun quelques secondes.
Une idée semble lui traverser l’esprit.
– Et si je te peignais ?
Jieun rit.
– Moi ?
– Oui. Mais pas comme un portrait classique.
Clara regarde ses peintures autour d’elle.
– Comme dans un minhwa.
Jieun hésite, partagée entre la gêne et la curiosité.
Puis elle accepte.
Un peu plus tard, elles s’installent près d’un petit square.
La nuit est tombée et la lumière douce de la lune éclaire les arbres. Clara dispose soigneusement son matériel, prépare ses pinceaux et ses couleurs, puis demande à Jieun de s’installer.
Le pinceau touche le papier.
Peu à peu, le silence s’installe.
Clara est entièrement absorbée par son travail. Son regard passe de Jieun à la peinture avec une concentration presque fascinante. Jieun, elle, a de plus en plus de mal à conserver son sérieux. Voir son amie aussi appliquée l’amuse autant que cela l’émerveille.
Elle finit néanmoins par se laisser gagner par le calme du lieu.
La fraîcheur du soir est agréable. Quelques feuilles bougent doucement dans les arbres, tandis que les bruits de Paris semblent soudain très lointains.
Pendant un instant, Jieun ne pense plus à rien.
Ni au coffret.
Ni aux gardiens.
Ni à sa grand-mère.
Seulement à cette soirée avec son amie.
Le temps passe sans qu’elle s’en rende compte.
Finalement, Clara pose son pinceau.
Elle contemple son œuvre quelques secondes, visiblement satisfaite, avant d’annoncer fièrement :
– Voilà !
Jieun se lève aussitôt et vient se placer à côté d’elle.
Dès qu’elle découvre le tableau, son sourire disparaît doucement, remplacé par une véritable émotion.
Clara ne l’a pas simplement représentée assise dans un square parisien.
Dans le minhwa, Jieun semble appartenir à un autre temps. Les couleurs, la végétation et les motifs transforment la scène ordinaire qu’elles viennent de vivre en une image presque ancienne, comme si Clara avait peint un souvenir plutôt qu’un instant présent.
Jieun reste silencieuse quelques secondes.
– Il est magnifique…
Puis son regard s’arrête.
Quelque chose se trouve derrière elle, entre les arbres peints à l’arrière-plan.
Une petite silhouette blanche.
Jieun rapproche légèrement le tableau.
Son cœur accélère.
– Le renard… murmure-t-elle.
Elle relève immédiatement les yeux vers Clara.
– Tu l’as vu ?
Clara semble surprise par la question.
– Bien sûr.
– Quand ?
– Il est resté là presque tout le temps.
Jieun regarde instinctivement derrière elle, vers les arbres désormais plongés dans l’obscurité.
Il n’y a plus rien.
Clara poursuit :
– Je n’ai rien dit parce que j’avais peur de le faire fuir. Il était tellement calme… Il nous regardait simplement. Alors je me suis dit que je pouvais l’ajouter au tableau et garder la scène exactement comme elle était.
Jieun reporte lentement son regard sur le minhwa.
Il est là.
Le même renard blanc qu’elle croit apercevoir depuis le début de son aventure.
Cette fois encore, il n’a rien fait.
Il n’a attaqué personne. Il ne s’est même pas approché.
Il était simplement là, silencieux, à l’observer.
Les avertissements de l’homme des Arènes lui reviennent en mémoire. Il lui avait parlé de créatures dangereuses, capables de tromper ceux qui les approchaient.
Pourtant, Jieun n’arrive pas à croire que ce renard-là puisse lui vouloir du mal.
Depuis le début, elle ressent exactement le contraire.
Elle serre doucement le tableau contre elle.
Ce n’est finalement pas la surprise qui domine.
C’est le regret.
Pendant tout ce temps, il était là, à quelques mètres seulement.
Elle aurait pu se retourner.
Elle aurait voulu s’approcher de lui. Lui parler, même sans savoir s’il pouvait la comprendre. Lui poser toutes les questions qu’elle accumule depuis son arrivée à Paris.
Qui es-tu ?
Pourquoi me suis-tu ?
Quel lien as-tu avec ma grand-mère ?
Mais il est trop tard.
Jieun regarde encore une fois les arbres.
Le renard a disparu.
Il ne reste désormais de cette rencontre silencieuse qu’un minhwa, peint sous la lumière de la lune.
Et, au fond d’elle, une conviction de plus en plus difficile à ignorer :
ce renard ne cherche pas à lui faire du mal.
Il cherche peut-être, lui aussi, à lui dire quelque chose.
Elle l’invite à passer la soirée chez elle.
Lorsqu’une journée commence par un message de Clara, Jieun sait désormais deux choses : elle va probablement passer un bon moment… et, d’une manière ou d’une autre, quelque chose d’inattendu risque encore de lui arriver.
Mais Clara est devenue l’une de ses rares véritables amies à Paris. Avec elle, Jieun peut oublier quelques heures le carnet, les créatures mystérieuses et toutes les questions qui s’accumulent depuis son arrivée.
Elle accepte donc sans hésiter.
Le soir venu, Jieun se présente devant la porte n°7 de son appartement et sonne. Quelques secondes plus tard, Clara lui ouvre avec son enthousiasme habituel et un immense sourire.
– Entre !
À peine la porte refermée, la conversation commence. Elles parlent de tout et de rien, rient, passent d’un sujet à un autre sans même s’en rendre compte. Il y a désormais entre elles cette facilité qui donne l’impression qu’elles se connaissent depuis bien plus longtemps que quelques semaines.
Puis, au milieu d’une phrase, Clara s’interrompt brusquement.
Son expression devient songeuse.
– Quoi ? demande Jieun, amusée.
Clara hésite, puis esquisse un sourire légèrement gêné.
– Ça fait un moment que je voulais te montrer quelque chose… mais je n’osais pas trop.
Jieun fronce les sourcils, immédiatement intriguée.
– Me montrer quoi ?
– Viens.
Clara se lève et l’entraîne vers une autre pièce de l’appartement.
Lorsqu’elle ouvre la porte, Jieun s’immobilise.
Les murs sont couverts de minhwa.
Il y en a partout.
Des fleurs aux couleurs éclatantes côtoient des oiseaux, des tigres, des paysages et des objets chargés de symboles. Sur une autre peinture, des livres s’empilent au milieu de porcelaines et d’objets précieux. Plus loin, des animaux semblent surgir d’un monde où la nature, les humains et les créatures fantastiques partageraient le même espace.
Certaines œuvres sont pleines de couleurs et de vie ; d’autres dégagent une atmosphère plus mystérieuse. Toutes possèdent cette manière si particulière de représenter le monde, moins soucieuse de réalisme que de symboles, d’histoires et d’émotions.
Jieun passe lentement d’un tableau à l’autre.
Elle ne s’attendait certainement pas à retrouver autant d’images de son pays derrière une simple porte d’un appartement parisien.
Clara, elle, ne dit rien. Elle reste légèrement en retrait et observe son amie découvrir la pièce avec un sourire presque timide.
Finalement, Jieun se retourne.
– Mais… où est-ce que tu as trouvé tous ces minhwa ?
Clara hésite une seconde.
– Je les ai peints.
Jieun la fixe.
– Toi ?
Clara éclate de rire devant son expression.
Jieun regarde de nouveau les tableaux. Elle était persuadée que certains avaient été rapportés de Corée. Elle se rapproche même d’une peinture pour en observer les détails.
La conversation repart aussitôt. Clara lui raconte sa passion pour cet art, les heures passées à travailler certains motifs, ses réussites et ses tableaux ratés qu’elle refuse catégoriquement de lui montrer.
Puis, au milieu de leur discussion, Clara observe Jieun quelques secondes.
Une idée semble lui traverser l’esprit.
– Et si je te peignais ?
Jieun rit.
– Moi ?
– Oui. Mais pas comme un portrait classique.
Clara regarde ses peintures autour d’elle.
– Comme dans un minhwa.
Jieun hésite, partagée entre la gêne et la curiosité.
Puis elle accepte.
Un peu plus tard, elles s’installent près d’un petit square.
La nuit est tombée et la lumière douce de la lune éclaire les arbres. Clara dispose soigneusement son matériel, prépare ses pinceaux et ses couleurs, puis demande à Jieun de s’installer.
Le pinceau touche le papier.
Peu à peu, le silence s’installe.
Clara est entièrement absorbée par son travail. Son regard passe de Jieun à la peinture avec une concentration presque fascinante. Jieun, elle, a de plus en plus de mal à conserver son sérieux. Voir son amie aussi appliquée l’amuse autant que cela l’émerveille.
Elle finit néanmoins par se laisser gagner par le calme du lieu.
La fraîcheur du soir est agréable. Quelques feuilles bougent doucement dans les arbres, tandis que les bruits de Paris semblent soudain très lointains.
Pendant un instant, Jieun ne pense plus à rien.
Ni au coffret.
Ni aux gardiens.
Ni à sa grand-mère.
Seulement à cette soirée avec son amie.
Le temps passe sans qu’elle s’en rende compte.
Finalement, Clara pose son pinceau.
Elle contemple son œuvre quelques secondes, visiblement satisfaite, avant d’annoncer fièrement :
– Voilà !
Jieun se lève aussitôt et vient se placer à côté d’elle.
Dès qu’elle découvre le tableau, son sourire disparaît doucement, remplacé par une véritable émotion.
Clara ne l’a pas simplement représentée assise dans un square parisien.
Dans le minhwa, Jieun semble appartenir à un autre temps. Les couleurs, la végétation et les motifs transforment la scène ordinaire qu’elles viennent de vivre en une image presque ancienne, comme si Clara avait peint un souvenir plutôt qu’un instant présent.
Jieun reste silencieuse quelques secondes.
– Il est magnifique…
Puis son regard s’arrête.
Quelque chose se trouve derrière elle, entre les arbres peints à l’arrière-plan.
Une petite silhouette blanche.
Jieun rapproche légèrement le tableau.
Son cœur accélère.
– Le renard… murmure-t-elle.
Elle relève immédiatement les yeux vers Clara.
– Tu l’as vu ?
Clara semble surprise par la question.
– Bien sûr.
– Quand ?
– Il est resté là presque tout le temps.
Jieun regarde instinctivement derrière elle, vers les arbres désormais plongés dans l’obscurité.
Il n’y a plus rien.
Clara poursuit :
– Je n’ai rien dit parce que j’avais peur de le faire fuir. Il était tellement calme… Il nous regardait simplement. Alors je me suis dit que je pouvais l’ajouter au tableau et garder la scène exactement comme elle était.
Jieun reporte lentement son regard sur le minhwa.
Il est là.
Le même renard blanc qu’elle croit apercevoir depuis le début de son aventure.
Cette fois encore, il n’a rien fait.
Il n’a attaqué personne. Il ne s’est même pas approché.
Il était simplement là, silencieux, à l’observer.
Les avertissements de l’homme des Arènes lui reviennent en mémoire. Il lui avait parlé de créatures dangereuses, capables de tromper ceux qui les approchaient.
Pourtant, Jieun n’arrive pas à croire que ce renard-là puisse lui vouloir du mal.
Depuis le début, elle ressent exactement le contraire.
Elle serre doucement le tableau contre elle.
Ce n’est finalement pas la surprise qui domine.
C’est le regret.
Pendant tout ce temps, il était là, à quelques mètres seulement.
Elle aurait pu se retourner.
Elle aurait voulu s’approcher de lui. Lui parler, même sans savoir s’il pouvait la comprendre. Lui poser toutes les questions qu’elle accumule depuis son arrivée à Paris.
Qui es-tu ?
Pourquoi me suis-tu ?
Quel lien as-tu avec ma grand-mère ?
Mais il est trop tard.
Jieun regarde encore une fois les arbres.
Le renard a disparu.
Il ne reste désormais de cette rencontre silencieuse qu’un minhwa, peint sous la lumière de la lune.
Et, au fond d’elle, une conviction de plus en plus difficile à ignorer :
ce renard ne cherche pas à lui faire du mal.
Il cherche peut-être, lui aussi, à lui dire quelque chose.

