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| Localisation | En ligne |
| Disponible | Jusqu’au 8 novembre 2026 |
| Ressources | Hanji – Papier traditionnel coréen (fiche pédagogique) |
Après toutes ces rencontres et toutes ces découvertes, Jieun commence à regarder le carnet autrement.
Jusqu’ici, elle avait surtout essayé de résoudre des énigmes, de suivre des indices, de comprendre ce que le livre voulait lui montrer. Mais depuis l’exposition d’art contemporain et cette réflexion sur le regard que l’on porte sur les autres, quelque chose a changé en elle. Elle essaie désormais de lire le carnet non plus avec ses propres yeux, mais avec ceux de la personne qui l’a écrit. Avec le regard de quelqu’un qui connaissait peut-être les Gumiho de l’intérieur.
Un soir, alors qu’elle feuillette une nouvelle fois les pages du carnet, son regard s’arrête brusquement sur une image.
Un tableau.
Son cœur accélère immédiatement.
Elle connaît ce tableau.
C’est celui qu’elle a vu à l’exposition avec Clara.
Jieun rapproche le carnet d’elle et observe attentivement l’image. Cette fois, elle ne regarde plus seulement le personnage principal. Son regard glisse vers l’arrière-plan, vers les formes moins visibles, presque noyées dans les couleurs.
Et elle la voit.
Une silhouette blanche.
Floue, discrète, difficile à distinguer clairement à cause du style contemporain de l’œuvre… mais désormais, Jieun ne doute presque plus de ce qu’elle regarde. Derrière les coups de pinceau se dessine quelque chose qui ressemble à des queues.
Une Gumiho.
Elle se redresse aussitôt et cherche le nom de l’artiste.
Ko Eun-sung.
Après quelques recherches, elle découvre qu’il s’agit d’un peintre coréen vivant à Paris.
Ce ne peut pas être un hasard.
Depuis le début, chaque étape semble avoir été préparée pour elle. Et cette fois, Jieun sent qu’elle se rapproche enfin de quelqu’un qui connaît réellement la vérité.
Sans perdre davantage de temps, elle décide de se rendre à l’adresse du peintre.
Elle sait bien qu’aller chez un inconnu sans prévenir est une idée un peu folle. Mais après tout ce qu’elle a traversé depuis son arrivée à Paris, cette hésitation lui paraît presque dérisoire.
Lorsqu’elle arrive devant l’immeuble, la nuit est déjà tombée.
Jieun reste quelques secondes immobile devant la porte. Son courage vacille un instant, puis elle finit par appuyer sur la sonnette.
Elle attend.
Quelques pas résonnent derrière la porte.
Puis celle-ci s’ouvre lentement.
Un vieil homme apparaît.
Son visage est calme, marqué par les années, mais son regard semble immédiatement attentif à sa présence. Jieun comprend aussitôt qu’il s’agit bien de Ko Eun-sung.
Elle commence à se présenter précipitamment, raconte qu’elle vient à propos du tableau, du carnet, des Gumiho…
Mais l’homme lève doucement la main pour l’interrompre.
Il la fixe quelques secondes avant de dire calmement :
– Ne parlons pas de cela sur le seuil de la porte. Entrez donc.
Jieun hésite à peine avant d’accepter.
L’appartement est en désordre, mais d’un désordre vivant. Des tableaux sont posés contre les murs, des pinceaux traînent sur des tables encombrées, et des feuilles de papier hanji sont dispersées un peu partout. L’endroit ressemble moins à un appartement qu’à un atelier où quelqu’un aurait travaillé sans jamais vraiment s’arrêter.
Le vieil homme lui fait signe de s’asseoir.
Puis il l’écoute.
Pendant de longues minutes, Jieun raconte tout. Le colis arrivé de Paris. Le carnet. Les symboles. La Gumiho aperçue dans le jardin. Les rencontres étranges. Les doutes aussi.
Elle parle sans vraiment s’interrompre, comme si une partie d’elle attendait ce moment depuis longtemps. Pour la première fois depuis son arrivée à Paris, elle a l’impression d’être face à quelqu’un qui pourrait réellement comprendre ce qu’elle vit.
Lorsqu’elle termine enfin, le silence retombe doucement dans la pièce.
Jieun réalise soudain qu’elle a parlé pendant presque une demi-heure sans lui laisser le temps de répondre.
Le vieil homme sourit.
– Bienvenue, dit-il simplement.
Jieun fronce légèrement les sourcils. Cela fait pourtant longtemps qu’elle est entrée.
Puis il ajoute :
– Bienvenue, Jieun. Vous voilà donc.
Cette fois, elle se fige.
Comment connaît-il son prénom ? Elle est certaine de ne jamais le lui avoir donné.
Comme amusé par sa réaction, le vieil homme laisse apparaître un léger sourire. Jieun ouvre la bouche.
– Comment savez-vous…
Mais elle ne termine pas sa phrase.
L’homme s’est déjà levé.
Il se dirige vers une grande armoire remplie de rouleaux de hanji et commence à chercher lentement parmi eux. Les secondes passent. Puis les minutes. Finalement, il tire un rouleau soigneusement attaché et revient le poser devant Jieun.
Le rouleau est fermé.
Le vieil homme la regarde attentivement.
– Vous vous posez certainement beaucoup de questions, dit-il calmement.
– Mais il y a un temps pour tout. Un temps pour ressentir. Un temps pour observer. Un temps pour comprendre.
Il marque une pause avant d’ajouter :
– Depuis votre arrivée à Paris, vous avez surtout appris à ressentir. Il est maintenant temps d’apprendre à observer.
Puis il ouvre lentement le rouleau.
Jieun baisse les yeux.
Le papier est entièrement blanc.
Elle relève aussitôt la tête vers le vieil homme, incapable de cacher son incompréhension. Pendant un instant, elle se demande sincèrement s’il n’est pas en train de se moquer d’elle.
Mais l’homme sourit simplement, presque amusé, puis lui fait signe de regarder encore.
Jieun reporte son attention sur le hanji.
Et soudain…
Des lignes commencent à apparaître lentement sur le papier.
Comme révélées par une encre invisible.
Le dessin devient progressivement plus clair. Une silhouette de bâtiment se forme peu à peu sous ses yeux. Un bâtiment à l’architecture coréenne, élégant et ancien.
Jieun retient son souffle.
Le vieil homme reprend calmement :
– Ce bâtiment est la porte vers ce que vous cherchez.
Il marque une pause.
– Le bâtiment n’existe plus aujourd’hui. Mais la porte, elle, est toujours là.
Puis il referme délicatement le rouleau avant de le tendre à Jieun.
Elle le prend entre ses mains, encore bouleversée par ce qu’elle vient de voir.
– Je veux comprendre… murmure-t-elle.
Le vieil homme la regarde avec douceur.
– Vous comprendrez lorsque vous aurez franchi la porte.
Jieun sent immédiatement qu’il ne lui dira rien de plus.
Et pourtant, malgré toutes les questions qui restent sans réponse, elle a aussi le sentiment d’avoir réellement avancé pour la première fois depuis son arrivée à Paris.
Elle serre doucement le rouleau contre elle, puis relève les yeux vers le vieil homme avec un mélange étrange d’amertume et d’espoir.
– Merci, dit-elle simplement.
L’homme acquiesce avec un léger sourire, comme s’il venait d’accomplir quelque chose qu’il attendait depuis longtemps.
Puis Jieun quitte l’appartement.
Dans ses bras, le précieux rouleau de hanji semble presque vivant.
Et quelque part dans Paris, une porte l’attend désormais.

Après toutes ces rencontres et toutes ces découvertes, Jieun commence à regarder le carnet autrement.
Jusqu’ici, elle avait surtout essayé de résoudre des énigmes, de suivre des indices, de comprendre ce que le livre voulait lui montrer. Mais depuis l’exposition d’art contemporain et cette réflexion sur le regard que l’on porte sur les autres, quelque chose a changé en elle. Elle essaie désormais de lire le carnet non plus avec ses propres yeux, mais avec ceux de la personne qui l’a écrit. Avec le regard de quelqu’un qui connaissait peut-être les Gumiho de l’intérieur.
Un soir, alors qu’elle feuillette une nouvelle fois les pages du carnet, son regard s’arrête brusquement sur une image.
Un tableau.
Son cœur accélère immédiatement.
Elle connaît ce tableau.
C’est celui qu’elle a vu à l’exposition avec Clara.
Jieun rapproche le carnet d’elle et observe attentivement l’image. Cette fois, elle ne regarde plus seulement le personnage principal. Son regard glisse vers l’arrière-plan, vers les formes moins visibles, presque noyées dans les couleurs.
Et elle la voit.
Une silhouette blanche.
Floue, discrète, difficile à distinguer clairement à cause du style contemporain de l’œuvre… mais désormais, Jieun ne doute presque plus de ce qu’elle regarde. Derrière les coups de pinceau se dessine quelque chose qui ressemble à des queues.
Une Gumiho.
Elle se redresse aussitôt et cherche le nom de l’artiste.
Ko Eun-sung.
Après quelques recherches, elle découvre qu’il s’agit d’un peintre coréen vivant à Paris.
Ce ne peut pas être un hasard.
Depuis le début, chaque étape semble avoir été préparée pour elle. Et cette fois, Jieun sent qu’elle se rapproche enfin de quelqu’un qui connaît réellement la vérité.
Sans perdre davantage de temps, elle décide de se rendre à l’adresse du peintre.
Elle sait bien qu’aller chez un inconnu sans prévenir est une idée un peu folle. Mais après tout ce qu’elle a traversé depuis son arrivée à Paris, cette hésitation lui paraît presque dérisoire.
Lorsqu’elle arrive devant l’immeuble, la nuit est déjà tombée.
Jieun reste quelques secondes immobile devant la porte. Son courage vacille un instant, puis elle finit par appuyer sur la sonnette.
Elle attend.
Quelques pas résonnent derrière la porte.
Puis celle-ci s’ouvre lentement.
Un vieil homme apparaît.
Son visage est calme, marqué par les années, mais son regard semble immédiatement attentif à sa présence. Jieun comprend aussitôt qu’il s’agit bien de Ko Eun-sung.
Elle commence à se présenter précipitamment, raconte qu’elle vient à propos du tableau, du carnet, des Gumiho…
Mais l’homme lève doucement la main pour l’interrompre.
Il la fixe quelques secondes avant de dire calmement :
– Ne parlons pas de cela sur le seuil de la porte. Entrez donc.
Jieun hésite à peine avant d’accepter.
L’appartement est en désordre, mais d’un désordre vivant. Des tableaux sont posés contre les murs, des pinceaux traînent sur des tables encombrées, et des feuilles de papier hanji sont dispersées un peu partout. L’endroit ressemble moins à un appartement qu’à un atelier où quelqu’un aurait travaillé sans jamais vraiment s’arrêter.
Le vieil homme lui fait signe de s’asseoir.
Puis il l’écoute.
Pendant de longues minutes, Jieun raconte tout. Le colis arrivé de Paris. Le carnet. Les symboles. La Gumiho aperçue dans le jardin. Les rencontres étranges. Les doutes aussi.
Elle parle sans vraiment s’interrompre, comme si une partie d’elle attendait ce moment depuis longtemps. Pour la première fois depuis son arrivée à Paris, elle a l’impression d’être face à quelqu’un qui pourrait réellement comprendre ce qu’elle vit.
Lorsqu’elle termine enfin, le silence retombe doucement dans la pièce.
Jieun réalise soudain qu’elle a parlé pendant presque une demi-heure sans lui laisser le temps de répondre.
Le vieil homme sourit.
– Bienvenue, dit-il simplement.
Jieun fronce légèrement les sourcils. Cela fait pourtant longtemps qu’elle est entrée.
Puis il ajoute :
– Bienvenue, Jieun. Vous voilà donc.
Cette fois, elle se fige.
Comment connaît-il son prénom ? Elle est certaine de ne jamais le lui avoir donné.
Comme amusé par sa réaction, le vieil homme laisse apparaître un léger sourire. Jieun ouvre la bouche.
– Comment savez-vous…
Mais elle ne termine pas sa phrase.
L’homme s’est déjà levé.
Il se dirige vers une grande armoire remplie de rouleaux de hanji et commence à chercher lentement parmi eux. Les secondes passent. Puis les minutes. Finalement, il tire un rouleau soigneusement attaché et revient le poser devant Jieun.
Le rouleau est fermé.
Le vieil homme la regarde attentivement.
– Vous vous posez certainement beaucoup de questions, dit-il calmement.
– Mais il y a un temps pour tout. Un temps pour ressentir. Un temps pour observer. Un temps pour comprendre.
Il marque une pause avant d’ajouter :
– Depuis votre arrivée à Paris, vous avez surtout appris à ressentir. Il est maintenant temps d’apprendre à observer.
Puis il ouvre lentement le rouleau.
Jieun baisse les yeux.
Le papier est entièrement blanc.
Elle relève aussitôt la tête vers le vieil homme, incapable de cacher son incompréhension. Pendant un instant, elle se demande sincèrement s’il n’est pas en train de se moquer d’elle.
Mais l’homme sourit simplement, presque amusé, puis lui fait signe de regarder encore.
Jieun reporte son attention sur le hanji.
Et soudain…
Des lignes commencent à apparaître lentement sur le papier.
Comme révélées par une encre invisible.
Le dessin devient progressivement plus clair. Une silhouette de bâtiment se forme peu à peu sous ses yeux. Un bâtiment à l’architecture coréenne, élégant et ancien.
Jieun retient son souffle.
Le vieil homme reprend calmement :
– Ce bâtiment est la porte vers ce que vous cherchez.
Il marque une pause.
– Le bâtiment n’existe plus aujourd’hui. Mais la porte, elle, est toujours là.
Puis il referme délicatement le rouleau avant de le tendre à Jieun.
Elle le prend entre ses mains, encore bouleversée par ce qu’elle vient de voir.
– Je veux comprendre… murmure-t-elle.
Le vieil homme la regarde avec douceur.
– Vous comprendrez lorsque vous aurez franchi la porte.
Jieun sent immédiatement qu’il ne lui dira rien de plus.
Et pourtant, malgré toutes les questions qui restent sans réponse, elle a aussi le sentiment d’avoir réellement avancé pour la première fois depuis son arrivée à Paris.
Elle serre doucement le rouleau contre elle, puis relève les yeux vers le vieil homme avec un mélange étrange d’amertume et d’espoir.
– Merci, dit-elle simplement.
L’homme acquiesce avec un léger sourire, comme s’il venait d’accomplir quelque chose qu’il attendait depuis longtemps.
Puis Jieun quitte l’appartement.
Dans ses bras, le précieux rouleau de hanji semble presque vivant.
Et quelque part dans Paris, une porte l’attend désormais.


