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| Localisation | Rue Crémieux (Paris) Voir sur Google Maps |
| Google Street | Aller sur Google Street |
| Temps de jeu | 30 min (estimation) |
| Horaires | Toujours ouvert |
| Disponible | Jusqu’au 8 novembre 2026 |
| A prévoir |
|
Le lendemain de la fête de Chuseok, Jieun ressent surtout le besoin de retrouver quelqu’un qu’elle apprécie.
La soirée de la veille lui a laissé une étrange impression. Elle avait espéré trouver auprès des Jikimi quelques réponses sur sa quête, mais elle en était repartie avec de nouvelles questions, un avertissement qu’elle ne comprenait pas et surtout la découverte que les gardiens eux-mêmes n’étaient pas d’accord sur le chemin qu’elle devait suivre.
Presque instinctivement, elle pense à Minho.
Pour une fois, c’est elle qui prend l’initiative et lui envoie un message.
La réponse arrive presque immédiatement.
Jieun sourit en voyant son nom apparaître sur son téléphone. Ce n’est qu’un échange de quelques mots, pourtant savoir qu’elle peut lui écrire et qu’il lui répond avec autant de naturel lui procure un sentiment rassurant. Depuis son arrivée à Paris, elle a souvent eu l’impression d’avancer seule au milieu de personnes qui savent toujours plus de choses qu’elle. Avec Minho, même lorsque tout reste mystérieux, elle se sent moins seule.
Leur conversation devient rapidement légère et agréable. Ils plaisantent sur leur soirée avortée à Montmartre, parlent de choses sans importance, puis finissent naturellement par revenir sur le chamanisme.
Jieun hésite.
Les paroles de la vieille femme lui reviennent en mémoire.
Elle n’a aucune envie de raconter toute la conversation de la veille, encore moins d’expliquer pourquoi une assemblée de Jikimi célébrait Chuseok dans un appartement parisien. Mais elle peut peut-être obtenir une information sans tout révéler.
Elle écrit finalement :
– Par hasard… tu sais ce que signifie « la Porte de la raison » ?
La réponse de Minho tarde quelques secondes.
– Où est-ce que tu as lu ça ?
Jieun fixe son téléphone.
Elle cherche encore comment contourner la question lorsqu’un nouveau message apparaît.
– Tu as dû faire de sacrées recherches pour tomber sur ce terme. À ce rythme-là, tu vas bientôt devenir chamane toi-même !
Jieun éclate de rire.
Visiblement, Minho imagine qu’elle est tombée sur cette expression dans un livre consacré au chamanisme.
Cela l’arrange parfaitement.
Puis un nouveau message apparaît.
– Cette porte existe à Paris.
Le sourire de Jieun disparaît aussitôt.
Elle se redresse.
Elle s’attendait à une explication symbolique, peut-être à une vieille croyance ou à une expression issue d’un texte ancien. Certainement pas à l’existence d’une véritable porte.
Elle répond presque immédiatement :
– Vraiment ? Où ça ? On peut y aller ?
Minho, amusé par son enthousiasme, accepte.
– Allons-y cet après-midi.
Jieun n’a besoin d’aucune autre invitation.
Elle va revoir Minho.
Et peut-être, sans même avoir eu à choisir entre les deux, avancer encore un peu dans sa quête.
—
Le rendez-vous est fixé dans un jardin que Jieun ne connaît pas.
Lorsqu’elle y arrive, elle ralentit presque immédiatement.
Elle ne s’attendait pas à trouver un endroit pareil à Paris.
Un chemin traverse une végétation soigneusement organisée sans paraître artificielle, bordé de pierres, d’arbustes et d’arbres dont les branches dessinent des ombres délicates sur le sol. Quelques éléments d’architecture traditionnelle apparaissent entre les feuillages, tandis que le bois et les lignes courbes des toitures donnent au lieu une atmosphère familière.
Pendant quelques secondes, Jieun oublie presque qu’elle se trouve en France.
– Tu es en avance.
Elle reconnaît immédiatement la voix.
Jieun se retourne avec un sourire.
– Toi aussi.
Minho la rejoint et tous deux commencent tranquillement à parcourir le jardin.
Cette fois, aucune urgence ne les accompagne. Aucun esprit ne les poursuit et aucune présence inquiétante ne semble se cacher entre les arbres. Ils peuvent simplement marcher côte à côte, s’arrêter devant ce qui attire leur attention et discuter sans surveiller constamment ce qui les entoure.
Minho lui raconte quelques anecdotes sur certains éléments du jardin, tandis que Jieun s’amuse à le reprendre lorsqu’il devient un peu trop sérieux dans ses explications.
À plusieurs reprises, leurs épaules se frôlent lorsqu’ils marchent sur les passages les plus étroits.
Jieun fait semblant de ne pas le remarquer.
Dans ce décor, avec Minho à ses côtés et les formes familières de l’architecture coréenne autour d’elle, elle éprouve une sensation étrange et particulièrement agréable : pendant quelques instants, Séoul et Paris ne lui semblent plus si éloignées l’une de l’autre.
Puis Minho ralentit.
– Nous y sommes.
Jieun lève les yeux.
Devant eux se dresse un imposant portail traditionnel.
– Un « soseuldaemun »… murmure-t-elle.
Les piliers de bois encadrent une grande ouverture surmontée d’une toiture traditionnelle, et l’ensemble paraît beaucoup plus imposant lorsqu’on se trouve directement devant lui. Jieun recule même légèrement pour pouvoir l’observer dans son intégralité.
Puis elle remarque l’inscription placée au-dessus du passage.
« 精神之門 »
Elle fronce les sourcils.
Elle reconnaît les caractères chinois, mais elle est incapable d’en comprendre précisément le sens.
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Minho regarde l’inscription.
– « La Porte de l’esprit »
Jieun se tourne brusquement vers lui.
La formulation n’est pas exactement celle employée par la vieille femme, mais elle en est suffisamment proche pour provoquer immédiatement un frisson.
Minho, qui ignore tout de la conversation de la veille, poursuit tranquillement :
– J’ai rencontré plusieurs mentions de cette porte dans de vieux ouvrages pendant mes recherches. Les textes ne sont pas toujours très clairs, et certains se contredisent, mais elle semble avoir une place particulière dans certaines histoires au-delà de ce monde.
Jieun l’écoute avec une attention presque fascinée.
Lorsqu’il parle de chamanisme, Minho change légèrement. Sa voix devient plus posée et chacun de ses mots semble provenir de longues heures de recherches auxquelles s’ajoute une expérience que Jieun ne possède absolument pas.
Elle aime l’écouter ainsi.
Son regard brillant suit chacune de ses explications avec une admiration qu’elle ne cherche même plus vraiment à dissimuler.
– Mais il y a quelque chose d’étrange, ajoute Minho.
– Quoi ?
Il observe le portail.
– Je n’ai jamais senti la moindre présence de d’esprits ou de démons ici.
Jieun ne comprend pas immédiatement pourquoi cela devrait être surprenant.
– Ce n’est pas plutôt une bonne chose ?
Minho sourit légèrement.
– Pour quelqu’un de normal, certainement. Mais pour une porte aussi souvent associée aux esprits dans certains textes anciens, c’est inhabituel. C’est comme s’ils ne pouvaient pas s’en approcher…
Il marque une courte pause.
– Ou qu’ils ne voulaient pas le faire.
Jieun reporte lentement son regard vers le portail.
Les paroles de la vieille femme lui reviennent avec une précision troublante.
« Je vous déconseille d’aller au-delà des portes de la raison… »
Hier encore, Jieun se demandait s’il s’agissait simplement d’une métaphore destinée à lui dire qu’elle était en train de perdre la raison.
Aujourd’hui, elle se tient devant une porte réelle dont le nom peut évoquer cette idée d’esprit ou de conscience.
Une question lui vient alors.
La vieille femme lui avait déconseillé d’aller au-delà de ces portes, et Jieun lui avait répondu avec provocation qu’elle les ouvrirait.
Mais le portail est naturellement ouvert.
Elle pourrait le franchir maintenant sans rencontrer le moindre obstacle.
Alors qu’est-ce qu’a compris la vieille femme, quand Jieun a parlé « d’ouvrir cette porte » ?
Jieun se met à l’observer avec une intensité presque excessive. Elle examine les piliers, les assemblages du bois, les couleurs, l’inscription et jusqu’aux petits détails décoratifs sous la toiture, comme si un mécanisme secret pouvait apparaître à condition de regarder suffisamment longtemps.
À quelques pas derrière elle, Minho l’observe avec amusement.
Il ne l’interrompt pas.
Au contraire, la voir étudier avec autant de sérieux une porte mentionnée dans d’anciens textes chamaniques fait revenir une idée qui l’avait déjà traversé.
Il finit par sourire.
– Jieun ?
– Hum ?
Elle ne quitte pas le portail des yeux.
– Je me demandais quelque chose… Est-ce que tu as des ancêtres qui étaient chamanes ?
Cette fois, Jieun se retourne.
– Quoi ?
– Dans ta famille. Il n’y en a jamais eu ?
La question la prend complètement au dépourvu.
– Euh… non. Enfin, pas à ma connaissance. Pourquoi ?
Minho hésite un instant avant de répondre.
– Parce que les esprits semblent beaucoup s’intéresser à toi.
Le sourire de Jieun s’efface légèrement.
Minho poursuit :
– Et surtout, tu les vois.
– Toi aussi.
– Justement. Moi, je suis chamane.
Il lui explique alors que les esprits ne se montrent normalement pas aussi facilement. Certains peuvent demeurer longtemps à proximité des humains sans jamais être perçus, et lorsqu’ils décident de prendre une forme visible, ce n’est généralement ni fréquent ni anodin.
– Depuis que je te connais, tu en as déjà rencontré deux. Et tu as vu au moins l’un d’eux suffisamment clairement pour pouvoir me le décrire.
Jieun pense immédiatement à la gwisin.
Puis à la Gumiho.
Minho ignore toujours cette deuxième rencontre.
L’idée de lui en parler traverse son esprit, mais elle disparaît presque aussitôt.
Ce secret restera encore un peu le sien.
Puis Jieun réalise ce que Minho est en train de sous-entendre et un immense sourire apparaît sur son visage.
– Attends…
Minho la regarde.
– Tu penses que je pourrais être une bonne chamane ?
Elle éclate de rire, visiblement très fière de cette conclusion.
Minho essaie de conserver son sérieux pendant quelques secondes.
C’est pourtant exactement la pensée qui lui traversait l’esprit un instant auparavant.
Il finit lui aussi par rire.
– Je n’ai pas dit ça !
– C’est exactement ce que tu voulais dire !
– J’ai simplement posé une question.
– Bien sûr…
Le mystère de la porte est momentanément oublié tandis qu’ils reprennent leur promenade en continuant de plaisanter.
L’après-midi se termine avec une légèreté dont Jieun avait profondément besoin.
Après l’atmosphère pesante de la fête de Chuseok et son affrontement avec la vieille Jikimi, passer quelques heures avec Minho lui a fait un bien immense. Elle aime pouvoir discuter avec lui de choses graves avant de rire quelques minutes plus tard d’une remarque sans importance.
Mais en rentrant, une image continue malgré tout de l’accompagner.
« 精神之門 »
« La Porte de l’esprit »
Jieun ne sait toujours pas si la vieille femme parlait réellement de ce portail. Elle ignore également ce que signifierait « l’ouvrir » alors qu’il est déjà grand ouvert, et elle ne comprend pas pourquoi les anciens textes étudiés par Minho semblent lui accorder une importance particulière.
Pourtant, elle sent qu’elle vient de trouver une nouvelle pièce du puzzle.
Le problème, c’est qu’elle ne sait toujours pas où la placer.
Depuis son arrivée à Paris, Jieun a parfois l’impression d’être assise devant un gigantesque puzzle dont on lui distribuerait les pièces une par une, sans jamais lui montrer l’image qu’elles sont censées former.
Le carnet.
Sa grand-mère.
Les Jikimi.
Le coffret.
La Gumiho.
Et maintenant cette porte que même les esprits semblent éviter.
Les pièces sont de plus en plus nombreuses.
Le lendemain de la fête de Chuseok, Jieun ressent surtout le besoin de retrouver quelqu’un qu’elle apprécie.
La soirée de la veille lui a laissé une étrange impression. Elle avait espéré trouver auprès des Jikimi quelques réponses sur sa quête, mais elle en était repartie avec de nouvelles questions, un avertissement qu’elle ne comprenait pas et surtout la découverte que les gardiens eux-mêmes n’étaient pas d’accord sur le chemin qu’elle devait suivre.
Presque instinctivement, elle pense à Minho.
Pour une fois, c’est elle qui prend l’initiative et lui envoie un message.
La réponse arrive presque immédiatement.
Jieun sourit en voyant son nom apparaître sur son téléphone. Ce n’est qu’un échange de quelques mots, pourtant savoir qu’elle peut lui écrire et qu’il lui répond avec autant de naturel lui procure un sentiment rassurant. Depuis son arrivée à Paris, elle a souvent eu l’impression d’avancer seule au milieu de personnes qui savent toujours plus de choses qu’elle. Avec Minho, même lorsque tout reste mystérieux, elle se sent moins seule.
Leur conversation devient rapidement légère et agréable. Ils plaisantent sur leur soirée avortée à Montmartre, parlent de choses sans importance, puis finissent naturellement par revenir sur le chamanisme.
Jieun hésite.
Les paroles de la vieille femme lui reviennent en mémoire.
Elle n’a aucune envie de raconter toute la conversation de la veille, encore moins d’expliquer pourquoi une assemblée de Jikimi célébrait Chuseok dans un appartement parisien. Mais elle peut peut-être obtenir une information sans tout révéler.
Elle écrit finalement :
– Par hasard… tu sais ce que signifie « la Porte de la raison » ?
La réponse de Minho tarde quelques secondes.
– Où est-ce que tu as lu ça ?
Jieun fixe son téléphone.
Elle cherche encore comment contourner la question lorsqu’un nouveau message apparaît.
– Tu as dû faire de sacrées recherches pour tomber sur ce terme. À ce rythme-là, tu vas bientôt devenir chamane toi-même !
Jieun éclate de rire.
Visiblement, Minho imagine qu’elle est tombée sur cette expression dans un livre consacré au chamanisme.
Cela l’arrange parfaitement.
Puis un nouveau message apparaît.
– Cette porte existe à Paris.
Le sourire de Jieun disparaît aussitôt.
Elle se redresse.
Elle s’attendait à une explication symbolique, peut-être à une vieille croyance ou à une expression issue d’un texte ancien. Certainement pas à l’existence d’une véritable porte.
Elle répond presque immédiatement :
– Vraiment ? Où ça ? On peut y aller ?
Minho, amusé par son enthousiasme, accepte.
– Allons-y cet après-midi.
Jieun n’a besoin d’aucune autre invitation.
Elle va revoir Minho.
Et peut-être, sans même avoir eu à choisir entre les deux, avancer encore un peu dans sa quête.
—
Le rendez-vous est fixé dans un jardin que Jieun ne connaît pas.
Lorsqu’elle y arrive, elle ralentit presque immédiatement.
Elle ne s’attendait pas à trouver un endroit pareil à Paris.
Un chemin traverse une végétation soigneusement organisée sans paraître artificielle, bordé de pierres, d’arbustes et d’arbres dont les branches dessinent des ombres délicates sur le sol. Quelques éléments d’architecture traditionnelle apparaissent entre les feuillages, tandis que le bois et les lignes courbes des toitures donnent au lieu une atmosphère familière.
Pendant quelques secondes, Jieun oublie presque qu’elle se trouve en France.
– Tu es en avance.
Elle reconnaît immédiatement la voix.
Jieun se retourne avec un sourire.
– Toi aussi.
Minho la rejoint et tous deux commencent tranquillement à parcourir le jardin.
Cette fois, aucune urgence ne les accompagne. Aucun esprit ne les poursuit et aucune présence inquiétante ne semble se cacher entre les arbres. Ils peuvent simplement marcher côte à côte, s’arrêter devant ce qui attire leur attention et discuter sans surveiller constamment ce qui les entoure.
Minho lui raconte quelques anecdotes sur certains éléments du jardin, tandis que Jieun s’amuse à le reprendre lorsqu’il devient un peu trop sérieux dans ses explications.
À plusieurs reprises, leurs épaules se frôlent lorsqu’ils marchent sur les passages les plus étroits.
Jieun fait semblant de ne pas le remarquer.
Dans ce décor, avec Minho à ses côtés et les formes familières de l’architecture coréenne autour d’elle, elle éprouve une sensation étrange et particulièrement agréable : pendant quelques instants, Séoul et Paris ne lui semblent plus si éloignées l’une de l’autre.
Puis Minho ralentit.
– Nous y sommes.
Jieun lève les yeux.
Devant eux se dresse un imposant portail traditionnel.
– Un « soseuldaemun »… murmure-t-elle.
Les piliers de bois encadrent une grande ouverture surmontée d’une toiture traditionnelle, et l’ensemble paraît beaucoup plus imposant lorsqu’on se trouve directement devant lui. Jieun recule même légèrement pour pouvoir l’observer dans son intégralité.
Puis elle remarque l’inscription placée au-dessus du passage.
« 精神之門 »
Elle fronce les sourcils.
Elle reconnaît les caractères chinois, mais elle est incapable d’en comprendre précisément le sens.
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Minho regarde l’inscription.
– « La Porte de l’esprit »
Jieun se tourne brusquement vers lui.
La formulation n’est pas exactement celle employée par la vieille femme, mais elle en est suffisamment proche pour provoquer immédiatement un frisson.
Minho, qui ignore tout de la conversation de la veille, poursuit tranquillement :
– J’ai rencontré plusieurs mentions de cette porte dans de vieux ouvrages pendant mes recherches. Les textes ne sont pas toujours très clairs, et certains se contredisent, mais elle semble avoir une place particulière dans certaines histoires au-delà de ce monde.
Jieun l’écoute avec une attention presque fascinée.
Lorsqu’il parle de chamanisme, Minho change légèrement. Sa voix devient plus posée et chacun de ses mots semble provenir de longues heures de recherches auxquelles s’ajoute une expérience que Jieun ne possède absolument pas.
Elle aime l’écouter ainsi.
Son regard brillant suit chacune de ses explications avec une admiration qu’elle ne cherche même plus vraiment à dissimuler.
– Mais il y a quelque chose d’étrange, ajoute Minho.
– Quoi ?
Il observe le portail.
– Je n’ai jamais senti la moindre présence de d’esprits ou de démons ici.
Jieun ne comprend pas immédiatement pourquoi cela devrait être surprenant.
– Ce n’est pas plutôt une bonne chose ?
Minho sourit légèrement.
– Pour quelqu’un de normal, certainement. Mais pour une porte aussi souvent associée aux esprits dans certains textes anciens, c’est inhabituel. C’est comme s’ils ne pouvaient pas s’en approcher…
Il marque une courte pause.
– Ou qu’ils ne voulaient pas le faire.
Jieun reporte lentement son regard vers le portail.
Les paroles de la vieille femme lui reviennent avec une précision troublante.
« Je vous déconseille d’aller au-delà des portes de la raison… »
Hier encore, Jieun se demandait s’il s’agissait simplement d’une métaphore destinée à lui dire qu’elle était en train de perdre la raison.
Aujourd’hui, elle se tient devant une porte réelle dont le nom peut évoquer cette idée d’esprit ou de conscience.
Une question lui vient alors.
La vieille femme lui avait déconseillé d’aller au-delà de ces portes, et Jieun lui avait répondu avec provocation qu’elle les ouvrirait.
Mais le portail est naturellement ouvert.
Elle pourrait le franchir maintenant sans rencontrer le moindre obstacle.
Alors qu’est-ce qu’a compris la vieille femme, quand Jieun a parlé « d’ouvrir cette porte » ?
Jieun se met à l’observer avec une intensité presque excessive. Elle examine les piliers, les assemblages du bois, les couleurs, l’inscription et jusqu’aux petits détails décoratifs sous la toiture, comme si un mécanisme secret pouvait apparaître à condition de regarder suffisamment longtemps.
À quelques pas derrière elle, Minho l’observe avec amusement.
Il ne l’interrompt pas.
Au contraire, la voir étudier avec autant de sérieux une porte mentionnée dans d’anciens textes chamaniques fait revenir une idée qui l’avait déjà traversé.
Il finit par sourire.
– Jieun ?
– Hum ?
Elle ne quitte pas le portail des yeux.
– Je me demandais quelque chose… Est-ce que tu as des ancêtres qui étaient chamanes ?
Cette fois, Jieun se retourne.
– Quoi ?
– Dans ta famille. Il n’y en a jamais eu ?
La question la prend complètement au dépourvu.
– Euh… non. Enfin, pas à ma connaissance. Pourquoi ?
Minho hésite un instant avant de répondre.
– Parce que les esprits semblent beaucoup s’intéresser à toi.
Le sourire de Jieun s’efface légèrement.
Minho poursuit :
– Et surtout, tu les vois.
– Toi aussi.
– Justement. Moi, je suis chamane.
Il lui explique alors que les esprits ne se montrent normalement pas aussi facilement. Certains peuvent demeurer longtemps à proximité des humains sans jamais être perçus, et lorsqu’ils décident de prendre une forme visible, ce n’est généralement ni fréquent ni anodin.
– Depuis que je te connais, tu en as déjà rencontré deux. Et tu as vu au moins l’un d’eux suffisamment clairement pour pouvoir me le décrire.
Jieun pense immédiatement à la gwisin.
Puis à la Gumiho.
Minho ignore toujours cette deuxième rencontre.
L’idée de lui en parler traverse son esprit, mais elle disparaît presque aussitôt.
Ce secret restera encore un peu le sien.
Puis Jieun réalise ce que Minho est en train de sous-entendre et un immense sourire apparaît sur son visage.
– Attends…
Minho la regarde.
– Tu penses que je pourrais être une bonne chamane ?
Elle éclate de rire, visiblement très fière de cette conclusion.
Minho essaie de conserver son sérieux pendant quelques secondes.
C’est pourtant exactement la pensée qui lui traversait l’esprit un instant auparavant.
Il finit lui aussi par rire.
– Je n’ai pas dit ça !
– C’est exactement ce que tu voulais dire !
– J’ai simplement posé une question.
– Bien sûr…
Le mystère de la porte est momentanément oublié tandis qu’ils reprennent leur promenade en continuant de plaisanter.
L’après-midi se termine avec une légèreté dont Jieun avait profondément besoin.
Après l’atmosphère pesante de la fête de Chuseok et son affrontement avec la vieille Jikimi, passer quelques heures avec Minho lui a fait un bien immense. Elle aime pouvoir discuter avec lui de choses graves avant de rire quelques minutes plus tard d’une remarque sans importance.
Mais en rentrant, une image continue malgré tout de l’accompagner.
« 精神之門 »
« La Porte de l’esprit »
Jieun ne sait toujours pas si la vieille femme parlait réellement de ce portail. Elle ignore également ce que signifierait « l’ouvrir » alors qu’il est déjà grand ouvert, et elle ne comprend pas pourquoi les anciens textes étudiés par Minho semblent lui accorder une importance particulière.
Pourtant, elle sent qu’elle vient de trouver une nouvelle pièce du puzzle.
Le problème, c’est qu’elle ne sait toujours pas où la placer.
Depuis son arrivée à Paris, Jieun a parfois l’impression d’être assise devant un gigantesque puzzle dont on lui distribuerait les pièces une par une, sans jamais lui montrer l’image qu’elles sont censées former.
Le carnet.
Sa grand-mère.
Les Jikimi.
Le coffret.
La Gumiho.
Et maintenant cette porte que même les esprits semblent éviter.
Les pièces sont de plus en plus nombreuses.

