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| Localisation | Place Georges Moustaki (Paris) Voir sur Google Maps |
| Temps de jeu | 45 min (estimation) |
| Horaires | Toujours ouvert |
| Disponible | Jusqu’au 8 novembre 2026 |
| A prévoir |
|
Depuis sa rencontre face Ă face avec la Gumiho, lâaventure nâa plus tout Ă fait la mĂȘme saveur pour Jieun.
Pendant longtemps, elle avait avancĂ© sans vĂ©ritable certitude, suivant les indications dâun carnet reçu mystĂ©rieusement Ă SĂ©oul et accumulant les rencontres impossibles dans les rues de Paris. Une part dâelle sâĂ©tait parfois demandĂ© si elle ne donnait pas trop dâimportance Ă des coĂŻncidences, simplement parce quâelle avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de comprendre pourquoi elle a trouvĂ© des traces de sa grand-mĂšre Ă Paris.
Mais désormais, elle possÚde une certitude : La Gumiho existe !
Elle lâa vue Ă quelques mĂštres dâelle, majestueuse, ses neuf queues dĂ©ployĂ©es dans lâobscuritĂ©. Elle a croisĂ© son regard et, surtout, elle lâa vue intervenir lorsque la gwisin la menaçait.
Jieun sait pourtant ce que Minho pense des Gumihos. Pour lui, elles appartiennent Ă ces crĂ©atures dont il faut se mĂ©fier et quâil peut ĂȘtre nĂ©cessaire de combattre pour protĂ©ger les humains.
Mais Jieun refuse de croire que celle quâelle a rencontrĂ©e soit malĂ©fique.
Ce nâest encore quâune intuition, et elle serait bien incapable de la dĂ©fendre avec des preuves. Pourtant, quelque chose au plus profond dâelle lui affirme que cette Gumiho ne cherche pas Ă lui faire du mal.
Il reste Ă©galement les « Jikimis », ces mystĂ©rieux gardiens qui accompagnent discrĂštement son parcours Ă Paris. Ils semblent connaĂźtre son nom, parfois mĂȘme savoir oĂč sa quĂȘte doit la conduire, mais Jieun a progressivement compris quâils ne possĂšdent pas toutes les rĂ©ponses. Chacun dĂ©tient seulement une partie de lâhistoire et, surtout, chacun semble garder soigneusement certains secrets.
Une chose lui paraĂźt dĂ©sormais Ă©vidente : elle nâa pas reçu le carnet par hasard.
Quelquâun savait quâelle viendrait Ă Paris.
Quelquâun a prĂ©parĂ© ce chemin avant son arrivĂ©e.
Et maintenant quâelle sait que sa grand-mĂšre a elle-mĂȘme laissĂ© des traces dans plusieurs des lieux quâelle traverse, le mystĂšre devient encore plus personnel.
En pensant Ă elle, Jieun rĂ©alise soudain la date. Aujourdâhui, câest Chuseok!
Cette pensĂ©e provoque un petit pincement dans sa poitrine. Cette fĂȘte a toujours Ă©voquĂ© pour elle la famille, les repas partagĂ©s et ces moments oĂč plusieurs gĂ©nĂ©rations se retrouvent autour dâune mĂȘme table. Cette annĂ©e, elle est seule Ă Paris, tandis que sa famille se trouve Ă des milliers de kilomĂštres.
Son téléphone vibre justement à cet instant.
Câest la gĂ©rante de Mugunghwa, la boutique de tissu corĂ©en.
Elle lâinvite Ă venir cĂ©lĂ©brer Chuseok avec elle et⊠avec dâautres Jikimis.
Jieun relit cette derniĂšre phrase.
Elle ne sera finalement pas seule pour Chuseok.
Et surtout, rencontrer plusieurs gardiens au mĂȘme endroit reprĂ©sente peut-ĂȘtre une occasion unique de comprendre enfin ce quâils savent.
Elle accepte sans hésiter.
Le soir venu, Jieun arrive devant un grand appartement parisien et sonne.
Une femme quâelle nâa jamais vue lui ouvre la porte, mais son visage sâillumine immĂ©diatement en la dĂ©couvrant.
– Jieun ! Entrez, je vous en prie.
Encore une inconnue qui connaĂźt son nom.
Jieun commence presque Ă sây habituer.
Elle entre néanmoins avec une certaine hésitation et découvre un appartement déjà rempli de monde. Plusieurs groupes discutent joyeusement, des rires traversent la piÚce et une grande table accueille déjà différents plats préparés pour Chuseok.
Les conversations se mĂȘlent aux parfums familiers de la cuisine corĂ©enne, et pendant quelques instants, Jieun pourrait presque oublier quâelle se trouve Ă Paris.
Elle Ă©coute, Ă©change quelques mots et tente de se mĂȘler aux conversations. Pourtant, aprĂšs plusieurs dizaines de minutes, un Ă©trange malaise persiste.
Elle ne se sent pas réellement à sa place.
Est-ce simplement parce quâelle ne connaĂźt presque personne ?
Ou parce quâelle sait dĂ©sormais que plusieurs de ces visages appartiennent probablement aux fameux Jikimi ?
Chaque regard lui paraĂźt soudain susceptible de cacher quelque chose.
Puis une silhouette familiÚre surgit enfin au milieu des invités.
– Jieun !
Elle reconnaßt immédiatement la gérante de la boutique Mugunghwa et retrouve spontanément le sourire.
Enfin quelquâun quâelle connaĂźt.
La femme sâapproche chaleureusement et sâexcuse de lâavoir laissĂ©e seule au milieu de tous ces inconnus. Jieun la rassure rapidement, puis toutes deux commencent Ă discuter de choses beaucoup plus ordinaires.
Ătrangement, Jieun nâa mĂȘme pas envie de lâinterroger.
Pas tout de suite.
Pour Chuseok, elle prĂ©fĂšre profiter quelques instants de cette chaleur humaine plutĂŽt que de parler encore de crĂ©atures, de secrets et de sa quĂȘte.
AprĂšs un moment, la femme sâexcuse de nouveau et disparaĂźt dans une autre piĂšce. Elle revient presque immĂ©diatement, mais son expression est lĂ©gĂšrement diffĂ©rente.
– Jieun, lâhĂŽte de cette fĂȘte souhaiterait vous recevoir.
Jieun est surprise.
– Maintenant ?
– Oui. Suivez-moi.
La femme la conduit devant une porte situĂ©e Ă lâĂ©cart de la piĂšce principale.
Lorsquâelle lâouvre, lâatmosphĂšre change complĂštement.
La lumiĂšre y est tamisĂ©e et les bruits de la fĂȘte ne parviennent plus que faiblement jusquâici. AprĂšs la chaleur et lâagitation du salon, Jieun a presque lâimpression dâĂȘtre entrĂ©e dans un autre appartement.
Au fond de la piĂšce, une vieille femme est assise dans un fauteuil.
Jieun remarque alors une seconde personne.
à une petite table installée dans un coin se tient le vieil homme au hanji (rencontré à la fin de la saison 1).
Leurs regards se croisent.
Lâhomme incline simplement la tĂȘte et Jieun lui rend son salut en silence, comme si aucun des deux ne voulait troubler lâatmosphĂšre Ă©trange de la piĂšce.
Elle sâapproche ensuite de la vieille femme et la salue avec respect.
Cette derniĂšre lâobserve longuement.
– Câest donc vous.
Jieun relÚve légÚrement les yeux.
Pas de bonjour.
Pas mĂȘme un sourire.
Elle essaie néanmoins de rester polie.
– Je suis ravie de vous rencontrer. Et je vous remercie de mâavoir invitĂ©e Ă cette fĂȘte.
La vieille femme la détaille encore quelques secondes.
– Je mâattendais Ă quelquâun dâun autre genre.
Jieun sent déjà poindre son agacement.
Elle ne répond pas.
– Quâavez-vous trouvĂ© depuis votre arrivĂ©e ici ? demande finalement la vieille femme.
Jieun ouvre la bouche.
– JâaiâŠ
– Certainement rien, lâinterrompt-elle aussitĂŽt. Il nây a rien Ă trouver, nâest-ce pas ?
Cette fois, Jieun serre légÚrement les dents.
Elle commence Ă comprendre pourquoi cette conversation se dĂ©roule Ă lâĂ©cart des autres invitĂ©s.
La vieille femme poursuit sans lui laisser davantage de place.
– Vous savez, ce nâest pas parce que vous avez reçu un carnet que cela fait de vous quelquâun dâunique. Vous devriez rentrer en CorĂ©e. Vous perdez votre temps ici.
Jieun reste quelques secondes sans voix.
Dans le coin de la piĂšce, elle entend le vieil homme au hanji grommeler quelque chose dâincomprĂ©hensible, mais dont le ton suffit Ă exprimer son dĂ©saccord.
Jieun, elle, ne compte pas se laisser faire.
Elle a traversĂ© trop de choses depuis son arrivĂ©e Ă Paris pour accepter quâune inconnue balaie toute son aventure en quelques phrases.
– Je fais ce que je veux. Qui ĂȘtes-vous pour dĂ©cider de ce que je dois faire ?
La vieille femme ne semble nullement impressionnée.
– Vous pouvez perdre votre temps si cela vous chante. Mais ne commettez pas de bĂȘtises irrĂ©parables.
Jieun se fige légÚrement.
Ces mots lui rappellent immĂ©diatement dâautres avertissements entendus depuis le dĂ©but de sa quĂȘte.
Toujours cette mĂȘme prudence.
Toujours cette impression que les Jikimi cherchent à la guider tout en lui cachant précisément ce dont elle devrait avoir peur.
Son agacement finit par prendre le dessus.
– Je trouverai la Gumiho, lance Jieun avec un ton ferme.
DerriÚre elle, Jieun entend un léger rire étouffé. Le vieil homme semble manifestement apprécier de la voir retrouver sa détermination.
La vieille femme, en revanche, reste impassible.
– Les Gumihos ne sont plus de ce monde. Vous nâen trouverez aucune.
Jieun la fixe, stupéfaite.
Elle sait que câest faux.
Elle en a vu une.
Pas dans un dessin ni dans un récit ancien. Elle se trouvait devant elle, dans une ruelle de Montmartre, assez proche pour que Jieun puisse distinguer le symbole rouge sur son front.
Elle pourrait le dire maintenant.
Pourtant, quelque chose la retient.
Si cette femme ignore que la Gumiho existe encore, peut-ĂȘtre vaut-il mieux quâelle continue de lâignorer.
La vieille dame devient soudain plus songeuse.
– Vous devriez cesser cette quĂȘte inutile. Et surtout, je vous dĂ©conseille dâaller au-delĂ des « portes de la raison » pour retrouver une Gumiho qui nâexiste que dans votre imagination.
Jieun fronce les sourcils.
« Les portes de la raison ? »
La formulation lui paraßt étrangement précise.
Elle ne sait pas sâil sâagit dâune mĂ©taphore, dâun avertissement ou de quelque chose de beaucoup plus concret.
Mais aprĂšs toutes les provocations quâelle vient dâentendre, ce sont exactement les mots quâil ne fallait pas prononcer.
– Alors jâouvrirai ces portes, lance Jieun avec une pointe de provocation.
Pour la premiÚre fois, la vieille femme réagit.
Elle relĂšve brusquement les yeux vers Jieun.
Son expression change juste assez pour trahir une pensĂ©e quâelle aurait prĂ©fĂ©rĂ© cacher : elle vient peut-ĂȘtre de comprendre quâen voulant dĂ©tourner Jieun de cette piste, elle vient au contraire de lui en offrir une nouvelle.
Un petit rire sâĂ©lĂšve derriĂšre elles.
Le vieil homme au hanji se lĂšve enfin.
– Allons, allons ! TrĂȘve de bavardages. Câest Chuseok, aprĂšs tout ! Allons fĂȘter cela comme il se doit.
Il rejoint Jieun et, sans laisser Ă la vieille femme le temps de reprendre la conversation, lâaccompagne vers la sortie.
Juste avant que la porte ne se referme, il se penche lĂ©gĂšrement vers Jieun avec ce sourire malicieux quâelle commence Ă bien connaĂźtre.
– Tu viens de dĂ©couvrir quelque chose dâimportant : les Jikimi ne sont pas tous dâaccord entre eux.
Puis la porte se ferme.
Jieun retrouve brusquement les conversations, les rires et les bruits de vaisselle de la fĂȘte.
Quelques minutes auparavant, elle avait espĂ©rĂ© profiter de Chuseok, rencontrer de nouvelles personnes et peut-ĂȘtre retrouver un peu de cette atmosphĂšre familiale qui lui manque tant depuis son arrivĂ©e Ă Paris.
Elle nâen a dĂ©sormais plus vraiment envie.
Son esprit est restĂ© dans la piĂšce quâelle vient de quitter.
« Les portes de la raison »
Plus elle répÚte cette expression, plus elle lui paraßt étrange.
Sâagit-il seulement dâune mĂ©taphore destinĂ©e Ă lui dire de ne pas franchir certaines limites ?
Ou existe-t-il rĂ©ellement quelque chose quâelle doit trouver et ouvrir ?
Un autre dĂ©tail la trouble. La vieille femme a employĂ© une expression dont le sens peut ĂȘtre beaucoup moins Ă©vident quâil nây paraĂźt. Le mot corĂ©en « ì ì  » peut Ă©voquer lâesprit, la conscience, la lucidité⊠autant de nuances qui pourraient modifier complĂštement la maniĂšre dâinterprĂ©ter son avertissement.
Peut-ĂȘtre Jieun sâattache-t-elle au mauvais sens, quand elle entend « Les portes de la raison ».
Elle repense Ă©galement Ă la rĂ©action de la vieille femme lorsquâelle a annoncĂ© quâelle ouvrirait ces fameuses portes.
Pendant une seconde seulement, son assurance avait disparu.
Elle avait peur que Jieun comprenne quelque chose.
Jieun Ă©tait venue Ă cette fĂȘte dans lâespoir dâobtenir enfin quelques rĂ©ponses des Jikimi. Elle en repart avec une nouvelle Ă©nigme et, surtout, avec la certitude que mĂȘme ceux qui lâaccompagnent depuis son arrivĂ©e ne partagent pas tous les mĂȘmes intentions.
Certains veulent quâelle continue.
Dâautres prĂ©fĂ©reraient manifestement quâelle sâarrĂȘte.
Et quelque part entre ces deux camps se cache probablement une vĂ©ritĂ© que personne ne semble prĂȘt Ă lui rĂ©vĂ©ler.
Jieun regarde autour dâelle. Les invitĂ©s continuent de cĂ©lĂ©brer Chuseok comme si rien ne venait de se passer, tandis que les plats circulent et que les conversations reprennent autour dâelle.
Cette fois, pourtant, son doute nâa pas affaibli sa dĂ©termination.
Il lâa renforcĂ©e.
La vieille femme voulait quâelle renonce.
Elle vient seulement de lui donner une nouvelle direction.
Jieun trouvera ces portes, si elles existent.
Depuis sa rencontre face Ă face avec la Gumiho, lâaventure nâa plus tout Ă fait la mĂȘme saveur pour Jieun.
Pendant longtemps, elle avait avancĂ© sans vĂ©ritable certitude, suivant les indications dâun carnet reçu mystĂ©rieusement Ă SĂ©oul et accumulant les rencontres impossibles dans les rues de Paris. Une part dâelle sâĂ©tait parfois demandĂ© si elle ne donnait pas trop dâimportance Ă des coĂŻncidences, simplement parce quâelle avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de comprendre pourquoi elle a trouvĂ© des traces de sa grand-mĂšre Ă Paris.
Mais désormais, elle possÚde une certitude : La Gumiho existe !
Elle lâa vue Ă quelques mĂštres dâelle, majestueuse, ses neuf queues dĂ©ployĂ©es dans lâobscuritĂ©. Elle a croisĂ© son regard et, surtout, elle lâa vue intervenir lorsque la gwisin la menaçait.
Jieun sait pourtant ce que Minho pense des Gumihos. Pour lui, elles appartiennent Ă ces crĂ©atures dont il faut se mĂ©fier et quâil peut ĂȘtre nĂ©cessaire de combattre pour protĂ©ger les humains.
Mais Jieun refuse de croire que celle quâelle a rencontrĂ©e soit malĂ©fique.
Ce nâest encore quâune intuition, et elle serait bien incapable de la dĂ©fendre avec des preuves. Pourtant, quelque chose au plus profond dâelle lui affirme que cette Gumiho ne cherche pas Ă lui faire du mal.
Il reste Ă©galement les « Jikimis », ces mystĂ©rieux gardiens qui accompagnent discrĂštement son parcours Ă Paris. Ils semblent connaĂźtre son nom, parfois mĂȘme savoir oĂč sa quĂȘte doit la conduire, mais Jieun a progressivement compris quâils ne possĂšdent pas toutes les rĂ©ponses. Chacun dĂ©tient seulement une partie de lâhistoire et, surtout, chacun semble garder soigneusement certains secrets.
Une chose lui paraĂźt dĂ©sormais Ă©vidente : elle nâa pas reçu le carnet par hasard.
Quelquâun savait quâelle viendrait Ă Paris.
Quelquâun a prĂ©parĂ© ce chemin avant son arrivĂ©e.
Et maintenant quâelle sait que sa grand-mĂšre a elle-mĂȘme laissĂ© des traces dans plusieurs des lieux quâelle traverse, le mystĂšre devient encore plus personnel.
En pensant Ă elle, Jieun rĂ©alise soudain la date. Aujourdâhui, câest Chuseok!
Cette pensĂ©e provoque un petit pincement dans sa poitrine. Cette fĂȘte a toujours Ă©voquĂ© pour elle la famille, les repas partagĂ©s et ces moments oĂč plusieurs gĂ©nĂ©rations se retrouvent autour dâune mĂȘme table. Cette annĂ©e, elle est seule Ă Paris, tandis que sa famille se trouve Ă des milliers de kilomĂštres.
Son téléphone vibre justement à cet instant.
Câest la gĂ©rante de Mugunghwa, la boutique de tissu corĂ©en.
Elle lâinvite Ă venir cĂ©lĂ©brer Chuseok avec elle et⊠avec dâautres Jikimis.
Jieun relit cette derniĂšre phrase.
Elle ne sera finalement pas seule pour Chuseok.
Et surtout, rencontrer plusieurs gardiens au mĂȘme endroit reprĂ©sente peut-ĂȘtre une occasion unique de comprendre enfin ce quâils savent.
Elle accepte sans hésiter.
Le soir venu, Jieun arrive devant un grand appartement parisien et sonne.
Une femme quâelle nâa jamais vue lui ouvre la porte, mais son visage sâillumine immĂ©diatement en la dĂ©couvrant.
– Jieun ! Entrez, je vous en prie.
Encore une inconnue qui connaĂźt son nom.
Jieun commence presque Ă sây habituer.
Elle entre néanmoins avec une certaine hésitation et découvre un appartement déjà rempli de monde. Plusieurs groupes discutent joyeusement, des rires traversent la piÚce et une grande table accueille déjà différents plats préparés pour Chuseok.
Les conversations se mĂȘlent aux parfums familiers de la cuisine corĂ©enne, et pendant quelques instants, Jieun pourrait presque oublier quâelle se trouve Ă Paris.
Elle Ă©coute, Ă©change quelques mots et tente de se mĂȘler aux conversations. Pourtant, aprĂšs plusieurs dizaines de minutes, un Ă©trange malaise persiste.
Elle ne se sent pas réellement à sa place.
Est-ce simplement parce quâelle ne connaĂźt presque personne ?
Ou parce quâelle sait dĂ©sormais que plusieurs de ces visages appartiennent probablement aux fameux Jikimi ?
Chaque regard lui paraĂźt soudain susceptible de cacher quelque chose.
Puis une silhouette familiÚre surgit enfin au milieu des invités.
– Jieun !
Elle reconnaßt immédiatement la gérante de la boutique Mugunghwa et retrouve spontanément le sourire.
Enfin quelquâun quâelle connaĂźt.
La femme sâapproche chaleureusement et sâexcuse de lâavoir laissĂ©e seule au milieu de tous ces inconnus. Jieun la rassure rapidement, puis toutes deux commencent Ă discuter de choses beaucoup plus ordinaires.
Ătrangement, Jieun nâa mĂȘme pas envie de lâinterroger.
Pas tout de suite.
Pour Chuseok, elle prĂ©fĂšre profiter quelques instants de cette chaleur humaine plutĂŽt que de parler encore de crĂ©atures, de secrets et de sa quĂȘte.
AprĂšs un moment, la femme sâexcuse de nouveau et disparaĂźt dans une autre piĂšce. Elle revient presque immĂ©diatement, mais son expression est lĂ©gĂšrement diffĂ©rente.
– Jieun, lâhĂŽte de cette fĂȘte souhaiterait vous recevoir.
Jieun est surprise.
– Maintenant ?
– Oui. Suivez-moi.
La femme la conduit devant une porte situĂ©e Ă lâĂ©cart de la piĂšce principale.
Lorsquâelle lâouvre, lâatmosphĂšre change complĂštement.
La lumiĂšre y est tamisĂ©e et les bruits de la fĂȘte ne parviennent plus que faiblement jusquâici. AprĂšs la chaleur et lâagitation du salon, Jieun a presque lâimpression dâĂȘtre entrĂ©e dans un autre appartement.
Au fond de la piĂšce, une vieille femme est assise dans un fauteuil.
Jieun remarque alors une seconde personne.
à une petite table installée dans un coin se tient le vieil homme au hanji (rencontré à la fin de la saison 1).
Leurs regards se croisent.
Lâhomme incline simplement la tĂȘte et Jieun lui rend son salut en silence, comme si aucun des deux ne voulait troubler lâatmosphĂšre Ă©trange de la piĂšce.
Elle sâapproche ensuite de la vieille femme et la salue avec respect.
Cette derniĂšre lâobserve longuement.
– Câest donc vous.
Jieun relÚve légÚrement les yeux.
Pas de bonjour.
Pas mĂȘme un sourire.
Elle essaie néanmoins de rester polie.
– Je suis ravie de vous rencontrer. Et je vous remercie de mâavoir invitĂ©e Ă cette fĂȘte.
La vieille femme la détaille encore quelques secondes.
– Je mâattendais Ă quelquâun dâun autre genre.
Jieun sent déjà poindre son agacement.
Elle ne répond pas.
– Quâavez-vous trouvĂ© depuis votre arrivĂ©e ici ? demande finalement la vieille femme.
Jieun ouvre la bouche.
– JâaiâŠ
– Certainement rien, lâinterrompt-elle aussitĂŽt. Il nây a rien Ă trouver, nâest-ce pas ?
Cette fois, Jieun serre légÚrement les dents.
Elle commence Ă comprendre pourquoi cette conversation se dĂ©roule Ă lâĂ©cart des autres invitĂ©s.
La vieille femme poursuit sans lui laisser davantage de place.
– Vous savez, ce nâest pas parce que vous avez reçu un carnet que cela fait de vous quelquâun dâunique. Vous devriez rentrer en CorĂ©e. Vous perdez votre temps ici.
Jieun reste quelques secondes sans voix.
Dans le coin de la piĂšce, elle entend le vieil homme au hanji grommeler quelque chose dâincomprĂ©hensible, mais dont le ton suffit Ă exprimer son dĂ©saccord.
Jieun, elle, ne compte pas se laisser faire.
Elle a traversĂ© trop de choses depuis son arrivĂ©e Ă Paris pour accepter quâune inconnue balaie toute son aventure en quelques phrases.
– Je fais ce que je veux. Qui ĂȘtes-vous pour dĂ©cider de ce que je dois faire ?
La vieille femme ne semble nullement impressionnée.
– Vous pouvez perdre votre temps si cela vous chante. Mais ne commettez pas de bĂȘtises irrĂ©parables.
Jieun se fige légÚrement.
Ces mots lui rappellent immĂ©diatement dâautres avertissements entendus depuis le dĂ©but de sa quĂȘte.
Toujours cette mĂȘme prudence.
Toujours cette impression que les Jikimi cherchent à la guider tout en lui cachant précisément ce dont elle devrait avoir peur.
Son agacement finit par prendre le dessus.
– Je trouverai la Gumiho, lance Jieun avec un ton ferme.
DerriÚre elle, Jieun entend un léger rire étouffé. Le vieil homme semble manifestement apprécier de la voir retrouver sa détermination.
La vieille femme, en revanche, reste impassible.
– Les Gumihos ne sont plus de ce monde. Vous nâen trouverez aucune.
Jieun la fixe, stupéfaite.
Elle sait que câest faux.
Elle en a vu une.
Pas dans un dessin ni dans un récit ancien. Elle se trouvait devant elle, dans une ruelle de Montmartre, assez proche pour que Jieun puisse distinguer le symbole rouge sur son front.
Elle pourrait le dire maintenant.
Pourtant, quelque chose la retient.
Si cette femme ignore que la Gumiho existe encore, peut-ĂȘtre vaut-il mieux quâelle continue de lâignorer.
La vieille dame devient soudain plus songeuse.
– Vous devriez cesser cette quĂȘte inutile. Et surtout, je vous dĂ©conseille dâaller au-delĂ des « portes de la raison » pour retrouver une Gumiho qui nâexiste que dans votre imagination.
Jieun fronce les sourcils.
« Les portes de la raison ? »
La formulation lui paraßt étrangement précise.
Elle ne sait pas sâil sâagit dâune mĂ©taphore, dâun avertissement ou de quelque chose de beaucoup plus concret.
Mais aprĂšs toutes les provocations quâelle vient dâentendre, ce sont exactement les mots quâil ne fallait pas prononcer.
– Alors jâouvrirai ces portes, lance Jieun avec une pointe de provocation.
Pour la premiÚre fois, la vieille femme réagit.
Elle relĂšve brusquement les yeux vers Jieun.
Son expression change juste assez pour trahir une pensĂ©e quâelle aurait prĂ©fĂ©rĂ© cacher : elle vient peut-ĂȘtre de comprendre quâen voulant dĂ©tourner Jieun de cette piste, elle vient au contraire de lui en offrir une nouvelle.
Un petit rire sâĂ©lĂšve derriĂšre elles.
Le vieil homme au hanji se lĂšve enfin.
– Allons, allons ! TrĂȘve de bavardages. Câest Chuseok, aprĂšs tout ! Allons fĂȘter cela comme il se doit.
Il rejoint Jieun et, sans laisser Ă la vieille femme le temps de reprendre la conversation, lâaccompagne vers la sortie.
Juste avant que la porte ne se referme, il se penche lĂ©gĂšrement vers Jieun avec ce sourire malicieux quâelle commence Ă bien connaĂźtre.
– Tu viens de dĂ©couvrir quelque chose dâimportant : les Jikimi ne sont pas tous dâaccord entre eux.
Puis la porte se ferme.
Jieun retrouve brusquement les conversations, les rires et les bruits de vaisselle de la fĂȘte.
Quelques minutes auparavant, elle avait espĂ©rĂ© profiter de Chuseok, rencontrer de nouvelles personnes et peut-ĂȘtre retrouver un peu de cette atmosphĂšre familiale qui lui manque tant depuis son arrivĂ©e Ă Paris.
Elle nâen a dĂ©sormais plus vraiment envie.
Son esprit est restĂ© dans la piĂšce quâelle vient de quitter.
« Les portes de la raison »
Plus elle répÚte cette expression, plus elle lui paraßt étrange.
Sâagit-il seulement dâune mĂ©taphore destinĂ©e Ă lui dire de ne pas franchir certaines limites ?
Ou existe-t-il rĂ©ellement quelque chose quâelle doit trouver et ouvrir ?
Un autre dĂ©tail la trouble. La vieille femme a employĂ© une expression dont le sens peut ĂȘtre beaucoup moins Ă©vident quâil nây paraĂźt. Le mot corĂ©en « ì ì  » peut Ă©voquer lâesprit, la conscience, la lucidité⊠autant de nuances qui pourraient modifier complĂštement la maniĂšre dâinterprĂ©ter son avertissement.
Peut-ĂȘtre Jieun sâattache-t-elle au mauvais sens, quand elle entend « Les portes de la raison ».
Elle repense Ă©galement Ă la rĂ©action de la vieille femme lorsquâelle a annoncĂ© quâelle ouvrirait ces fameuses portes.
Pendant une seconde seulement, son assurance avait disparu.
Elle avait peur que Jieun comprenne quelque chose.
Jieun Ă©tait venue Ă cette fĂȘte dans lâespoir dâobtenir enfin quelques rĂ©ponses des Jikimi. Elle en repart avec une nouvelle Ă©nigme et, surtout, avec la certitude que mĂȘme ceux qui lâaccompagnent depuis son arrivĂ©e ne partagent pas tous les mĂȘmes intentions.
Certains veulent quâelle continue.
Dâautres prĂ©fĂ©reraient manifestement quâelle sâarrĂȘte.
Et quelque part entre ces deux camps se cache probablement une vĂ©ritĂ© que personne ne semble prĂȘt Ă lui rĂ©vĂ©ler.
Jieun regarde autour dâelle. Les invitĂ©s continuent de cĂ©lĂ©brer Chuseok comme si rien ne venait de se passer, tandis que les plats circulent et que les conversations reprennent autour dâelle.
Cette fois, pourtant, son doute nâa pas affaibli sa dĂ©termination.
Il lâa renforcĂ©e.
La vieille femme voulait quâelle renonce.
Elle vient seulement de lui donner une nouvelle direction.
Jieun trouvera ces portes, si elles existent.

