đŸ”” QuĂȘte bleue (Paris)

đŸ”” QuĂȘte bleue (Paris)
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FĂȘtes traditionnelles corĂ©ennes
En CorĂ©e, les fĂȘtes traditionnelles rythment l’annĂ©e au fil des saisons, des rĂ©coltes et des cycles lunaires, tout en maintenant un lien fort avec la famille et les ancĂȘtres. De Seollal Ă  Chuseok, chacune possĂšde ses propres rites, plats et jeux, tĂ©moignant d’un riche hĂ©ritage culturel encore bien vivant aujourd’hui.
Localisation Place Georges Moustaki (Paris) Voir sur Google Maps
Temps de jeu 45 min (estimation)
Horaires Toujours ouvert
Disponible Jusqu’au 8 novembre 2026
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    Histoire de la chasse au trĂ©sor 

    Depuis sa rencontre face Ă  face avec la Gumiho, l’aventure n’a plus tout Ă  fait la mĂȘme saveur pour Jieun.
    Pendant longtemps, elle avait avancĂ© sans vĂ©ritable certitude, suivant les indications d’un carnet reçu mystĂ©rieusement Ă  SĂ©oul et accumulant les rencontres impossibles dans les rues de Paris. Une part d’elle s’était parfois demandĂ© si elle ne donnait pas trop d’importance Ă  des coĂŻncidences, simplement parce qu’elle avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin de comprendre pourquoi elle a trouvĂ© des traces de sa grand-mĂšre Ă  Paris.
    Mais désormais, elle possÚde une certitude : La Gumiho existe !

    Elle l’a vue Ă  quelques mĂštres d’elle, majestueuse, ses neuf queues dĂ©ployĂ©es dans l’obscuritĂ©. Elle a croisĂ© son regard et, surtout, elle l’a vue intervenir lorsque la gwisin la menaçait.
    Jieun sait pourtant ce que Minho pense des Gumihos. Pour lui, elles appartiennent Ă  ces crĂ©atures dont il faut se mĂ©fier et qu’il peut ĂȘtre nĂ©cessaire de combattre pour protĂ©ger les humains.
    Mais Jieun refuse de croire que celle qu’elle a rencontrĂ©e soit malĂ©fique.
    Ce n’est encore qu’une intuition, et elle serait bien incapable de la dĂ©fendre avec des preuves. Pourtant, quelque chose au plus profond d’elle lui affirme que cette Gumiho ne cherche pas Ă  lui faire du mal.
    Il reste Ă©galement les « Jikimis », ces mystĂ©rieux gardiens qui accompagnent discrĂštement son parcours Ă  Paris. Ils semblent connaĂźtre son nom, parfois mĂȘme savoir oĂč sa quĂȘte doit la conduire, mais Jieun a progressivement compris qu’ils ne possĂšdent pas toutes les rĂ©ponses. Chacun dĂ©tient seulement une partie de l’histoire et, surtout, chacun semble garder soigneusement certains secrets.
    Une chose lui paraĂźt dĂ©sormais Ă©vidente : elle n’a pas reçu le carnet par hasard.
    Quelqu’un savait qu’elle viendrait à Paris.
    Quelqu’un a prĂ©parĂ© ce chemin avant son arrivĂ©e.
    Et maintenant qu’elle sait que sa grand-mĂšre a elle-mĂȘme laissĂ© des traces dans plusieurs des lieux qu’elle traverse, le mystĂšre devient encore plus personnel.

    En pensant Ă  elle, Jieun rĂ©alise soudain la date. Aujourd’hui, c’est Chuseok!
    Cette pensĂ©e provoque un petit pincement dans sa poitrine. Cette fĂȘte a toujours Ă©voquĂ© pour elle la famille, les repas partagĂ©s et ces moments oĂč plusieurs gĂ©nĂ©rations se retrouvent autour d’une mĂȘme table. Cette annĂ©e, elle est seule Ă  Paris, tandis que sa famille se trouve Ă  des milliers de kilomĂštres.
    Son téléphone vibre justement à cet instant.
    C’est la gĂ©rante de Mugunghwa, la boutique de tissu corĂ©en.
    Elle l’invite Ă  venir cĂ©lĂ©brer Chuseok avec elle et
 avec d’autres Jikimis.
    Jieun relit cette derniĂšre phrase.
    Elle ne sera finalement pas seule pour Chuseok.
    Et surtout, rencontrer plusieurs gardiens au mĂȘme endroit reprĂ©sente peut-ĂȘtre une occasion unique de comprendre enfin ce qu’ils savent.
    Elle accepte sans hésiter.

    Le soir venu, Jieun arrive devant un grand appartement parisien et sonne.
    Une femme qu’elle n’a jamais vue lui ouvre la porte, mais son visage s’illumine immĂ©diatement en la dĂ©couvrant.
    – Jieun ! Entrez, je vous en prie.
    Encore une inconnue qui connaĂźt son nom.
    Jieun commence presque à s’y habituer.
    Elle entre néanmoins avec une certaine hésitation et découvre un appartement déjà rempli de monde. Plusieurs groupes discutent joyeusement, des rires traversent la piÚce et une grande table accueille déjà différents plats préparés pour Chuseok.
    Les conversations se mĂȘlent aux parfums familiers de la cuisine corĂ©enne, et pendant quelques instants, Jieun pourrait presque oublier qu’elle se trouve Ă  Paris.
    Elle Ă©coute, Ă©change quelques mots et tente de se mĂȘler aux conversations. Pourtant, aprĂšs plusieurs dizaines de minutes, un Ă©trange malaise persiste.
    Elle ne se sent pas réellement à sa place.
    Est-ce simplement parce qu’elle ne connaüt presque personne ?
    Ou parce qu’elle sait dĂ©sormais que plusieurs de ces visages appartiennent probablement aux fameux Jikimi ?
    Chaque regard lui paraĂźt soudain susceptible de cacher quelque chose.
    Puis une silhouette familiÚre surgit enfin au milieu des invités.
    – Jieun !
    Elle reconnaßt immédiatement la gérante de la boutique Mugunghwa et retrouve spontanément le sourire.
    Enfin quelqu’un qu’elle connaüt.
    La femme s’approche chaleureusement et s’excuse de l’avoir laissĂ©e seule au milieu de tous ces inconnus. Jieun la rassure rapidement, puis toutes deux commencent Ă  discuter de choses beaucoup plus ordinaires.
    Étrangement, Jieun n’a mĂȘme pas envie de l’interroger.
    Pas tout de suite.
    Pour Chuseok, elle prĂ©fĂšre profiter quelques instants de cette chaleur humaine plutĂŽt que de parler encore de crĂ©atures, de secrets et de sa quĂȘte.
    AprĂšs un moment, la femme s’excuse de nouveau et disparaĂźt dans une autre piĂšce. Elle revient presque immĂ©diatement, mais son expression est lĂ©gĂšrement diffĂ©rente.
    – Jieun, l’hĂŽte de cette fĂȘte souhaiterait vous recevoir.
    Jieun est surprise.
    – Maintenant ?
    – Oui. Suivez-moi.

    La femme la conduit devant une porte situĂ©e Ă  l’écart de la piĂšce principale.
    Lorsqu’elle l’ouvre, l’atmosphùre change complùtement.
    La lumiĂšre y est tamisĂ©e et les bruits de la fĂȘte ne parviennent plus que faiblement jusqu’ici. AprĂšs la chaleur et l’agitation du salon, Jieun a presque l’impression d’ĂȘtre entrĂ©e dans un autre appartement.
    Au fond de la piĂšce, une vieille femme est assise dans un fauteuil.
    Jieun remarque alors une seconde personne.
    À une petite table installĂ©e dans un coin se tient le vieil homme au hanji (rencontrĂ© Ă  la fin de la saison 1).
    Leurs regards se croisent.
    L’homme incline simplement la tĂȘte et Jieun lui rend son salut en silence, comme si aucun des deux ne voulait troubler l’atmosphĂšre Ă©trange de la piĂšce.
    Elle s’approche ensuite de la vieille femme et la salue avec respect.
    Cette derniùre l’observe longuement.
    – C’est donc vous.
    Jieun relÚve légÚrement les yeux.
    Pas de bonjour.
    Pas mĂȘme un sourire.
    Elle essaie néanmoins de rester polie.
    – Je suis ravie de vous rencontrer. Et je vous remercie de m’avoir invitĂ©e Ă  cette fĂȘte.
    La vieille femme la détaille encore quelques secondes.
    – Je m’attendais Ă  quelqu’un d’un autre genre.
    Jieun sent déjà poindre son agacement.
    Elle ne répond pas.
    – Qu’avez-vous trouvĂ© depuis votre arrivĂ©e ici ? demande finalement la vieille femme.
    Jieun ouvre la bouche.
    – J’ai

    – Certainement rien, l’interrompt-elle aussitĂŽt. Il n’y a rien Ă  trouver, n’est-ce pas ?
    Cette fois, Jieun serre légÚrement les dents.
    Elle commence Ă  comprendre pourquoi cette conversation se dĂ©roule Ă  l’écart des autres invitĂ©s.
    La vieille femme poursuit sans lui laisser davantage de place.
    – Vous savez, ce n’est pas parce que vous avez reçu un carnet que cela fait de vous quelqu’un d’unique. Vous devriez rentrer en CorĂ©e. Vous perdez votre temps ici.
    Jieun reste quelques secondes sans voix.
    Dans le coin de la piĂšce, elle entend le vieil homme au hanji grommeler quelque chose d’incomprĂ©hensible, mais dont le ton suffit Ă  exprimer son dĂ©saccord.
    Jieun, elle, ne compte pas se laisser faire.
    Elle a traversĂ© trop de choses depuis son arrivĂ©e Ă  Paris pour accepter qu’une inconnue balaie toute son aventure en quelques phrases.
    – Je fais ce que je veux. Qui ĂȘtes-vous pour dĂ©cider de ce que je dois faire ?
    La vieille femme ne semble nullement impressionnée.
    – Vous pouvez perdre votre temps si cela vous chante. Mais ne commettez pas de bĂȘtises irrĂ©parables.
    Jieun se fige légÚrement.
    Ces mots lui rappellent immĂ©diatement d’autres avertissements entendus depuis le dĂ©but de sa quĂȘte.
    Toujours cette mĂȘme prudence.
    Toujours cette impression que les Jikimi cherchent à la guider tout en lui cachant précisément ce dont elle devrait avoir peur.
    Son agacement finit par prendre le dessus.
    – Je trouverai la Gumiho, lance Jieun avec un ton ferme.
    DerriÚre elle, Jieun entend un léger rire étouffé. Le vieil homme semble manifestement apprécier de la voir retrouver sa détermination.
    La vieille femme, en revanche, reste impassible.
    – Les Gumihos ne sont plus de ce monde. Vous n’en trouverez aucune.
    Jieun la fixe, stupéfaite.
    Elle sait que c’est faux.
    Elle en a vu une.
    Pas dans un dessin ni dans un récit ancien. Elle se trouvait devant elle, dans une ruelle de Montmartre, assez proche pour que Jieun puisse distinguer le symbole rouge sur son front.
    Elle pourrait le dire maintenant.
    Pourtant, quelque chose la retient.
    Si cette femme ignore que la Gumiho existe encore, peut-ĂȘtre vaut-il mieux qu’elle continue de l’ignorer.
    La vieille dame devient soudain plus songeuse.
    – Vous devriez cesser cette quĂȘte inutile. Et surtout, je vous dĂ©conseille d’aller au-delĂ  des « portes de la raison » pour retrouver une Gumiho qui n’existe que dans votre imagination.
    Jieun fronce les sourcils.
    « Les portes de la raison ? »
    La formulation lui paraßt étrangement précise.
    Elle ne sait pas s’il s’agit d’une mĂ©taphore, d’un avertissement ou de quelque chose de beaucoup plus concret.
    Mais aprùs toutes les provocations qu’elle vient d’entendre, ce sont exactement les mots qu’il ne fallait pas prononcer.
    – Alors j’ouvrirai ces portes, lance Jieun avec une pointe de provocation.
    Pour la premiÚre fois, la vieille femme réagit.
    Elle relĂšve brusquement les yeux vers Jieun.
    Son expression change juste assez pour trahir une pensĂ©e qu’elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© cacher : elle vient peut-ĂȘtre de comprendre qu’en voulant dĂ©tourner Jieun de cette piste, elle vient au contraire de lui en offrir une nouvelle.
    Un petit rire s’élĂšve derriĂšre elles.
    Le vieil homme au hanji se lĂšve enfin.
    – Allons, allons ! TrĂȘve de bavardages. C’est Chuseok, aprĂšs tout ! Allons fĂȘter cela comme il se doit.
    Il rejoint Jieun et, sans laisser à la vieille femme le temps de reprendre la conversation, l’accompagne vers la sortie.
    Juste avant que la porte ne se referme, il se penche lĂ©gĂšrement vers Jieun avec ce sourire malicieux qu’elle commence Ă  bien connaĂźtre.
    – Tu viens de dĂ©couvrir quelque chose d’important : les Jikimi ne sont pas tous d’accord entre eux.
    Puis la porte se ferme.

    Jieun retrouve brusquement les conversations, les rires et les bruits de vaisselle de la fĂȘte.
    Quelques minutes auparavant, elle avait espĂ©rĂ© profiter de Chuseok, rencontrer de nouvelles personnes et peut-ĂȘtre retrouver un peu de cette atmosphĂšre familiale qui lui manque tant depuis son arrivĂ©e Ă  Paris.
    Elle n’en a dĂ©sormais plus vraiment envie.
    Son esprit est restĂ© dans la piĂšce qu’elle vient de quitter.
    « Les portes de la raison »
    Plus elle répÚte cette expression, plus elle lui paraßt étrange.
    S’agit-il seulement d’une mĂ©taphore destinĂ©e Ă  lui dire de ne pas franchir certaines limites ?
    Ou existe-t-il rĂ©ellement quelque chose qu’elle doit trouver et ouvrir ?
    Un autre dĂ©tail la trouble. La vieille femme a employĂ© une expression dont le sens peut ĂȘtre beaucoup moins Ă©vident qu’il n’y paraĂźt. Le mot corĂ©en « 정신 » peut Ă©voquer l’esprit, la conscience, la lucidité  autant de nuances qui pourraient modifier complĂštement la maniĂšre d’interprĂ©ter son avertissement.
    Peut-ĂȘtre Jieun s’attache-t-elle au mauvais sens, quand elle entend « Les portes de la raison ».
    Elle repense Ă©galement Ă  la rĂ©action de la vieille femme lorsqu’elle a annoncĂ© qu’elle ouvrirait ces fameuses portes.
    Pendant une seconde seulement, son assurance avait disparu.
    Elle avait peur que Jieun comprenne quelque chose.
    Jieun Ă©tait venue Ă  cette fĂȘte dans l’espoir d’obtenir enfin quelques rĂ©ponses des Jikimi. Elle en repart avec une nouvelle Ă©nigme et, surtout, avec la certitude que mĂȘme ceux qui l’accompagnent depuis son arrivĂ©e ne partagent pas tous les mĂȘmes intentions.
    Certains veulent qu’elle continue.
    D’autres prĂ©fĂ©reraient manifestement qu’elle s’arrĂȘte.
    Et quelque part entre ces deux camps se cache probablement une vĂ©ritĂ© que personne ne semble prĂȘt Ă  lui rĂ©vĂ©ler.
    Jieun regarde autour d’elle. Les invitĂ©s continuent de cĂ©lĂ©brer Chuseok comme si rien ne venait de se passer, tandis que les plats circulent et que les conversations reprennent autour d’elle.
    Cette fois, pourtant, son doute n’a pas affaibli sa dĂ©termination.
    Il l’a renforcĂ©e.
    La vieille femme voulait qu’elle renonce.
    Elle vient seulement de lui donner une nouvelle direction.
    Jieun trouvera ces portes, si elles existent.

    …
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