Architecture coréenne : entre nature, tradition et modernité

Toits aux lignes courbes, charpentes de bois, cours ouvertes, palais aux couleurs éclatantes et maisons tournées vers les montagnes : l’architecture traditionnelle coréenne possède une identité immédiatement reconnaissable.

Pourtant, la réduire à l’image du hanok (한옥) serait trompeur. L’architecture coréenne comprend aussi les palais royaux, les temples bouddhistes, les sanctuaires confucéens, les académies, les pavillons, les fortifications, etc.

À travers les siècles, ces constructions ont évolué avec les changements politiques, religieux et sociaux de la péninsule. Un principe revient cependant constamment : le bâtiment n’est généralement pas pensé indépendamment de son environnement. Relief, orientation, circulation de l’air, saisons et paysage participent pleinement à la conception de l’espace.

Cette relation entre architecture et nature constitue l’une des clés pour comprendre le patrimoine architectural coréen. Elle apparaît particulièrement clairement dans le palais de Changdeokgung, dont l’organisation épouse la topographie du site au lieu d’imposer un plan entièrement artificiel au terrain. L’UNESCO considère précisément cette intégration entre architecture, jardins et paysage comme l’une des caractéristiques majeures du palais.

Le hanok, la maison traditionnelle coréenne

Hanok (Source : Namu.wiki)

Le mot hanok (한옥) désigne aujourd’hui principalement la maison traditionnelle coréenne.

Son utilisation a cependant évolué. Le gouvernement métropolitain de Séoul rappelle que le terme pouvait autrefois être employé plus largement pour désigner différents bâtiments construits selon les techniques traditionnelles, y compris des palais, temples et sanctuaires. Dans son usage contemporain, il fait surtout référence aux habitations.

Le hanok n’est donc pas un modèle de maison unique reproduit à l’identique dans toute la Corée. Sa taille, son plan, ses matériaux et son organisation varient en fonction de la région, du climat, de l’époque et du statut social de ses occupants.

Quelques caractéristiques restent néanmoins particulièrement représentatives.

Une architecture essentiellement faite de matériaux naturels

Lumière travers le papier dans un appartement Hanok à Jinju (Source : Facebook)

Le hanok traditionnel repose largement sur une structure en bois installée sur des fondations de pierre. La terre, la pierre, le bois et le papier traditionnel coréen, le hanji (한지), participent également à la construction.

Les murs ne jouent donc pas exactement le même rôle que dans une architecture occidentale construite autour de murs porteurs massifs. La charpente et les piliers forment une partie essentielle de la structure du bâtiment.

Cette architecture privilégie ainsi des matériaux présents dans l’environnement immédiat et cherche à établir une continuité entre les espaces intérieurs, la cour et le paysage. Les présentations officielles du hanok mettent d’ailleurs régulièrement en avant l’utilisation du bois et de la terre ainsi que cette relation étroite avec la nature.

Travaux d’aménagement (Source : Heritage.go.kr)

La menuiserie traditionnelle coréenne est elle-même un véritable savoir-faire. Le daemokjang (대목장) est le maître charpentier responsable de la construction des grands bâtiments traditionnels en bois, notamment des palais et des temples. Son travail ne consiste pas simplement à assembler une charpente : il supervise traditionnellement l’ensemble du processus de construction.

Les toits, silhouette emblématique de l’architecture coréenne

Giwa (Source : Koya Culture)

L’un des éléments les plus reconnaissables du hanok est son toit.

Les habitations les plus prestigieuses utilisent traditionnellement des tuiles appelées giwa (기와). Leurs lignes légèrement relevées aux extrémités donnent aux bâtiments cette silhouette élégante souvent associée aux palais et aux maisons anciennes coréennes.

Toutes les maisons traditionnelles n’étaient cependant pas couvertes de tuiles. Les habitations populaires pouvaient utiliser des toitures de chaume. Le type de toiture constituait autrefois un indice visible du niveau social et économique des habitants.

L’espace situé sous les larges avant-toits joue également un rôle pratique : il protège les façades du soleil et des intempéries tout en créant une transition entre intérieur et extérieur.

Ondol et maru : une maison adaptée aux saisons

L’architecture coréenne traditionnelle s’est développée dans un pays aux contrastes saisonniers importants : des hivers froids et des étés chauds et humides.

Deux éléments emblématiques répondent à ces conditions : l’ondol et le maru.

L’ondol (온돌), le chauffage par le sol

Ondol (Source : Naver Blog)

L’ondol est un système traditionnel de chauffage par le sol.

Dans son fonctionnement ancien, la chaleur et les fumées produites par un foyer circulaient sous le plancher à travers un réseau de conduits avant d’être évacuées vers l’extérieur. Les pierres et la masse du sol conservaient ensuite cette chaleur.

Cette technique influence profondément la manière d’habiter. Un sol chauffé favorise une vie quotidienne proche du sol : on s’y assied, on y mange et l’on y installe traditionnellement la literie.

Le principe du chauffage par le sol reste aujourd’hui profondément intégré à l’habitat coréen, même si les systèmes modernes n’utilisent évidemment plus les mêmes installations que les ondol historiques. Les sources patrimoniales attestent également de la présence de pièces chauffées par ondol dans les ensembles architecturaux traditionnels.

Le maru (마루), pour traverser l’été

Maru (Source : Bandi News)

À l’inverse, le maru est un plancher en bois généralement légèrement surélevé et non chauffé.

Il permet à l’air de circuler et offre un espace plus frais pendant la saison chaude. Dans certaines maisons, un grand espace central appelé daecheong maru (대청마루) relie plusieurs pièces.

Ondol et maru illustrent ainsi deux réponses complémentaires au climat coréen : conserver la chaleur pendant l’hiver et favoriser la ventilation pendant l’été.

Le madang : la cour au cœur de la maison

Madang (Source : Naver Blog)

Entre les différents bâtiments ou ailes d’un hanok se trouve souvent un madang (마당), une cour ouverte.

Il ne s’agit pas simplement d’un espace vide.

La cour permet de faire entrer la lumière, facilite les circulations, crée une ouverture vers le ciel et sert aux activités quotidiennes. Elle participe également à la relation entre les différentes parties de l’habitation.

Depuis une pièce ou un maru, le regard peut ainsi se prolonger vers la cour, puis vers les murs, les arbres et parfois le paysage extérieur.

Cette conception rend souvent la frontière entre « dedans » et « dehors » beaucoup moins rigide. Les descriptions contemporaines du hanok insistent d’ailleurs sur cette possibilité d’observer directement la cour depuis les portes et fenêtres et sur le rôle de la nature dans l’expérience de l’habitation.

La cour n’est pas réservée aux maisons. Elle constitue également un élément fondamental de nombreux ensembles religieux. Dans les sansa, les monastères bouddhistes de montagne coréens inscrits au patrimoine mondial, l’UNESCO relève notamment une organisation caractéristique autour d’un madang encadré par plusieurs bâtiments religieux et communautaires.

Une architecture organisée selon les usages

Les grandes demeures de l’époque Joseon pouvaient être divisées en plusieurs espaces possédant chacun une fonction précise.

L’anchae (안채) constituait généralement la partie intérieure de la résidence et était notamment associée à la vie familiale et aux femmes du foyer. Le sarangchae (사랑채) était davantage lié aux activités du maître de maison, à l’étude et à la réception des visiteurs.

Dans les propriétés importantes pouvaient également exister des bâtiments réservés aux domestiques, des entrepôts, des cuisines et différents pavillons.

Cette organisation ne doit toutefois pas être considérée comme le plan universel de toutes les maisons coréennes : elle correspond surtout aux demeures relativement importantes et à une société structurée selon les principes sociaux de l’époque Joseon.

L’architecture devient alors également le reflet de l’ordre familial et social.

Construire avec le paysage

L’une des idées essentielles de l’architecture coréenne traditionnelle est qu’un bâtiment ne doit pas être envisagé séparément du terrain sur lequel il se trouve.

La recherche d’un emplacement favorable est notamment liée au pungsu-jiri (풍수지리), système coréen comparable, dans certains de ses principes, au feng shui chinois.

Principe du baesanimsu (Source : Daehan Daily)

Une configuration traditionnellement valorisée consiste à disposer d’un relief protecteur derrière le site et d’un espace ouvert ou d’un cours d’eau devant lui. Cette idée est souvent résumée par l’expression baesanimsu (배산임수) : « dos à la montagne, face à l’eau ».

Mais cette recherche d’harmonie ne concerne pas uniquement l’orientation. Les constructions peuvent suivre les variations du relief plutôt que de chercher à les effacer.

Le palais de Changdeokgung à Séoul en offre un exemple particulièrement remarquable. Contrairement à une composition strictement géométrique, ses bâtiments et jardins s’adaptent à un terrain irrégulier situé au pied de la montagne. Cette adaptation constitue l’une des principales raisons pour lesquelles l’UNESCO considère l’ensemble comme un exemple exceptionnel d’architecture palatiale et d’aménagement paysager d’Asie orientale.

Les palais royaux de Joseon

Avec la dynastie Joseon, fondée à la fin du XIVe siècle, Séoul — alors appelée Hanyang (한양) — devient le centre politique du royaume.

Les palais royaux illustrent une architecture beaucoup plus monumentale que celle des habitations ordinaires, mais plusieurs principes restent similaires : bâtiments en bois reposant sur des socles de pierre, toitures couvertes de tuiles, cours successives et dialogue constant avec l’environnement.

L’organisation spatiale traduit aussi l’ordre politique et confucéen.

Les espaces ne possèdent pas tous le même statut. Des portes et des cours successives conduisent progressivement des espaces administratifs vers les bâtiments les plus importants et les résidences royales.

Gyeongbokgung

Gyeongbokgung (Source : Namu.wiki)

Gyeongbokgung (경복궁) est probablement aujourd’hui le palais le plus immédiatement identifiable de Séoul.

Construit à l’origine au début de la dynastie Joseon, il constitue le palais principal voulu par la nouvelle dynastie. Son vaste ensemble de portes, cours, salles cérémonielles et pavillons permet de comprendre la dimension politique de l’architecture royale.

Le contraste entre les grands axes cérémoniels et les pavillons installés près de l’eau montre également que le palais ne se résume pas à une architecture de pouvoir.

Changdeokgung

Jardin arrière du palais de Changdeokgung (Source : Namu.wiki)

Changdeokgung (창덕궁) offre une conception différente.

Construit au XVe siècle, il est particulièrement réputé pour la manière dont ses bâtiments s’intègrent au relief et au vaste jardin situé à l’arrière du palais.

L’UNESCO souligne que son organisation respecte à la fois les principes de l’architecture palatiale coréenne, les protocoles confucéens et le paysage naturel. Le complexe conserve des secteurs correspondant à la cour, aux activités administratives, à la résidence royale et aux espaces de loisirs.

L’architecture royale coréenne est donc autant une manière d’organiser les bâtiments qu’une manière d’organiser les relations entre le souverain, l’administration, la famille royale et la nature.

Le dancheong : quand l’architecture se couvre de couleurs

Dancheong (Source : Wikipedia)

Les bâtiments importants attirent immédiatement le regard par leurs motifs multicolores.

Cette décoration porte le nom de dancheong (단청).

Le dancheong désigne la peinture décorative appliquée sur les surfaces des constructions traditionnelles en bois. Les cinq couleurs traditionnellement associées à cet art sont le bleu-vert, le rouge, le jaune, le blanc et le noir. Palais, temples, portes monumentales et autres bâtiments prestigieux peuvent en être décorés.

Ces peintures remplissent plusieurs fonctions.

Elles embellissent évidemment le bâtiment, mais contribuent aussi à protéger les éléments en bois et permettent de mettre en valeur la structure architecturale. Les motifs et leur complexité varient également en fonction du type et de l’importance de l’édifice.

Le dancheong explique en grande partie le contraste spectaculaire entre la sobriété des matériaux naturels d’un hanok résidentiel et les couleurs éclatantes d’un temple ou d’un palais.

Les temples bouddhistes

Le bouddhisme a profondément marqué l’histoire de l’architecture coréenne.

De nombreux temples sont installés dans les montagnes et entretiennent un rapport particulièrement fort avec leur environnement naturel.

Le chemin qui mène au temple fait parfois lui-même partie de l’expérience architecturale : portes successives, pavillons, cours et escaliers produisent une progression avant d’atteindre les espaces les plus sacrés.

Les bâtiments s’organisent souvent autour de cours et comprennent notamment des salles consacrées au Bouddha, des pavillons, des espaces d’enseignement et des bâtiments destinés à la communauté monastique.

Les sept Sansa, monastères bouddhistes de montagne inscrits collectivement au patrimoine mondial, sont représentatifs d’une forme spécifiquement coréenne de monastère bouddhique ayant continué à fonctionner comme centres religieux au cours des siècles.

Bulguksa et Seokguram

Temple Bulgaksa (Source : Namu.wiki)
Grotte de Seokguram (Source : Namu.wiki)

À Gyeongju, l’ensemble formé par le temple Bulguksa (불국사) et la grotte de Seokguram (석굴암) constitue l’un des chefs-d’œuvre du patrimoine de la période Silla.

Bulguksa associe notamment architecture en bois, terrasses et constructions de pierre. Seokguram est quant à elle une grotte artificielle construite en granite comprenant une antichambre, un corridor et une rotonde abritant une monumentale représentation du Bouddha. L’UNESCO considère l’ensemble comme une réalisation majeure de l’art et de l’architecture bouddhiques d’Extrême-Orient.

Sanctuaires et académies confucéennes

L’architecture coréenne ne peut pas non plus être comprise sans le confucianisme, particulièrement important pendant la période Joseon.

Ici, l’esthétique peut devenir plus sobre.

Le Jongmyo (종묘) de Séoul, sanctuaire royal consacré aux rites ancestraux de la dynastie Joseon, possède par exemple une architecture volontairement austère et monumentale.

Les seowon (서원), académies néo-confucéennes développées durant Joseon, associent quant à elles enseignement, étude, rites et contemplation de la nature.

Ces espaces rappellent que l’architecture traditionnelle coréenne ne recherche pas systématiquement l’abondance décorative. Selon la fonction du bâtiment, retenue, répétition, vide et simplicité peuvent être aussi importants que les couleurs du dancheong.

Forteresses et architecture militaire

Porte Hwaseomun (Source : Namu.wiki)

La péninsule coréenne possède également une longue tradition de villes fortifiées et de forteresses de montagne.

L’une des réalisations les plus spectaculaires est la forteresse de Hwaseong (화성) à Suwon.

Construite à la fin du XVIIIe siècle sous le règne du roi Jeongjo, elle combine fonctions défensives, politiques et urbaines. Sa conception intègre différentes connaissances militaires de son époque et utilise notamment la pierre et la brique.

Pour l’UNESCO, Hwaseong constitue un exemple remarquable d’architecture militaire de l’époque moderne, combinant des évolutions techniques venues aussi bien d’Orient que d’Occident. Son influence s’est également étendue à l’architecture, à l’urbanisme et à l’aménagement paysager coréens.

Elle montre ainsi que l’architecture coréenne traditionnelle n’est pas uniquement constituée de maisons de bois et de temples nichés dans la montagne : elle comprend aussi de véritables projets urbains et militaires.

Bukchon et Jeonju : les villages de hanok

Bukchon à Séoul (Source : Namu.wiki)

Pour observer aujourd’hui l’architecture résidentielle traditionnelle, deux lieux sont particulièrement connus : Bukchon à Séoul et le village hanok de Jeonju.

Bukchon se situe entre plusieurs des grands monuments historiques de Séoul, notamment Gyeongbokgung, Changdeokgung et Jongmyo. Le quartier conserve plusieurs centaines de maisons traditionnelles ou restaurées et constitue aujourd’hui l’un des ensembles de hanok les plus célèbres de la capitale.

Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’un village hanok n’est pas nécessairement un décor figé dans l’époque Joseon.

Certaines maisons ont été transformées, restaurées ou adaptées aux modes de vie contemporains. Cette transformation fait elle-même partie de l’histoire de l’architecture coréenne.

Ce qui caractérise vraiment l’architecture coréenne

Il est finalement difficile de définir l’architecture coréenne par une seule forme.

Un hanok modeste, un palais royal, un monastère bouddhiste et une forteresse militaire peuvent sembler très différents.

Plusieurs idées les rapprochent néanmoins.

L’espace architectural est rarement isolé du paysage. Les cours et espaces intermédiaires jouent un rôle essentiel. Les matériaux, les systèmes de chauffage et de ventilation répondent directement au climat. L’organisation des bâtiments reflète parfois la structure sociale ou religieuse de leur époque. Et surtout, l’architecture coréenne accorde une importance particulière aux transitions : entre intérieur et extérieur, bâtiment et jardin, espace humain et montagne.

C’est peut-être cette recherche d’équilibre qui explique le mieux son identité.

Un hanok ne cherche pas nécessairement à dominer le paysage.

Il cherche plutôt à y trouver sa place.