En observant un hanbok traditionnel, le regard est d’abord attiré par ses lignes, ses étoffes et ses couleurs. Pourtant, certains des éléments les plus fascinants se cachent dans les détails : un petit pendentif suspendu à la veste, un entrelacement de fils de soie, une longue houppette colorée ou encore une épingle délicatement sculptée glissée dans les cheveux.
Ces ornements ne sont pas de simples accessoires ajoutés au vêtement. Dans la culture coréenne traditionnelle, ils pouvaient embellir une tenue, mais aussi exprimer un statut, accompagner une cérémonie ou porter des souhaits de bonheur, de prospérité et de longévité. Le terme jangsingu (장신구) désigne ainsi différents objets portés comme ornements. Leur fonction historique pouvait être à la fois esthétique, symbolique et sociale.

Parmi eux, deux noms sont particulièrement importants : maedeup (매듭), l’art traditionnel du nœud coréen, et norigae (노리개), le pendentif qui orne notamment le hanbok féminin. Mais autour d’eux existe tout un univers d’accessoires dans lequel fils de soie, jade, métal, motifs végétaux et animaux se rencontrent.
Des ornements présents depuis l’Antiquité
Le goût pour les ornements apparaît très tôt dans l’histoire de la péninsule coréenne. Des objets de parure et accessoires en jade ou en os sont attestés dès les périodes anciennes, tandis que les vestiges des Trois Royaumes ont livré de nombreux ornements réalisés en or, argent ou bronze doré. Coiffures, vêtements et objets personnels deviennent progressivement des supports privilégiés de décoration.
Les usages évoluent ensuite au fil des dynasties. Sous Goryeo (918-1392), les ornements de coiffure deviennent notamment très raffinés. Durant la période Joseon (1392-1910), la réglementation sociale et les restrictions imposées à l’utilisation de certains matériaux précieux influencent fortement l’apparence des accessoires. Le rang du porteur, son âge, l’occasion ou encore la saison peuvent intervenir dans le choix d’un ornement.
Cette recherche de beauté ne se limite donc pas à l’accumulation de bijoux. L’ornement traditionnel coréen se distingue souvent par une esthétique d’équilibre : quelques couleurs, une forme soigneusement choisie et un détail placé exactement à l’endroit nécessaire.
C’est particulièrement visible dans l’art du maedeup.
Maedeup (매듭) : l’art coréen du nœud

Le mot maedeup signifie littéralement « nœud ». Il désigne également un artisanat traditionnel consistant à former, à partir de cordons soigneusement préparés, des nœuds décoratifs complexes.
Bien avant de devenir un art décoratif, les cordes et les nœuds avaient évidemment des fonctions pratiques. Au fil du temps, ces techniques prennent toutefois une dimension esthétique. Des représentations de nœuds apparaissent dans des peintures murales et des œuvres anciennes, puis leur présence se développe sur les vêtements et de nombreux objets de la vie quotidienne.
On retrouve ainsi le maedeup sur des costumes, des pochettes, des éventails, des instruments de musique, des tentures ou divers objets décoratifs. Le nœud ne constitue pas nécessairement l’objet principal : il peut servir de liaison, de finition ou d’élément permettant de mettre en valeur une autre pièce.
En 1968, l’art traditionnel du maedeup est reconnu en Corée comme un savoir-faire relevant du patrimoine culturel immatériel national, transmis par des artisans spécialisés appelés maedeupjang (매듭장).
Comment fabrique-t-on un maedeup ?

À première vue, un maedeup peut sembler être simplement un cordon noué. Sa fabrication est pourtant beaucoup plus complexe.
Traditionnellement, le travail commence par la préparation des fils. Des fils, notamment de soie, peuvent être teints puis assemblés et torsadés afin de produire le cordon qui servira au nouage. Le cordon est ensuite manipulé, croisé et resserré progressivement jusqu’à obtenir la forme recherchée. Des franges ou houppes, appelées sul (술), peuvent compléter l’ensemble.
Une caractéristique remarquable du maedeup traditionnel est son équilibre géométrique. De nombreux nœuds sont symétriques et présentent un dessin soigné aussi bien sur le devant que sur le revers. Des dizaines de formes traditionnelles sont connues, souvent nommées d’après ce qu’elles évoquent : chrysanthème, papillon, libellule, fleur de prunier, lotus ou encore cigale.
Le résultat combine ainsi trois dimensions : la forme du nœud, la couleur du cordon et le mouvement des franges.
Cette combinaison explique pourquoi le maedeup est particulièrement adapté à la création du plus célèbre des ornements vestimentaires coréens : le norigae.
Norigae (노리개) : le pendentif emblématique du hanbok

Le norigae est un pendentif traditionnel associé principalement au hanbok féminin. Il peut être suspendu aux rubans du jeogori, la veste du hanbok, ou au niveau de la taille et de la jupe. Des pièces datant notamment de la dynastie Joseon sont aujourd’hui conservées dans différentes collections muséales.
Un norigae réunit généralement plusieurs éléments : une partie permettant de le suspendre au vêtement, un ornement principal, des nœuds maedeup et une ou plusieurs houppes de fils de soie descendant verticalement.
Sa beauté vient en grande partie de cet équilibre. L’élément central attire le regard, les nœuds structurent l’ensemble et la longue frange apporte du mouvement lorsque la personne marche.
Le norigae montre parfaitement pourquoi maedeup et ornement traditionnel ne doivent pas être considérés comme deux sujets séparés : le maedeup est une technique ; le norigae est l’un des objets qui peut naître de cette technique.
Des matériaux très variés
L’ornement central d’un norigae pouvait être réalisé dans de nombreux matériaux selon l’époque, la richesse du propriétaire et la fonction de l’objet.
Métaux précieux, jade, pierres, ambre, corail, perles et autres matériaux pouvaient être travaillés ou associés au textile. Les contraintes sociales de la période Joseon ont également favorisé une grande diversité de matériaux dans l’ensemble des ornements coréens. Les accessoires permettaient ainsi de jouer non seulement avec les couleurs, mais aussi avec les textures, la transparence et la lumière.
Certains norigae prennent une forme relativement simple, tandis que d’autres constituent des compositions beaucoup plus imposantes. Des ensembles à plusieurs pendentifs existaient également, comme les samjak norigae, dont les trois ornements forment une composition particulièrement spectaculaire.
Un ornement qui porte des souhaits
L’intérêt du norigae ne réside pas uniquement dans sa beauté.
Dans la culture traditionnelle coréenne, les ornements peuvent aussi être associés à des souhaits favorables ou à une fonction protectrice. Les formes choisies font fréquemment référence au monde naturel, aux animaux, aux végétaux ou à des symboles de bon augure. L’ornement peut alors évoquer la longévité, la fécondité, la prospérité, la protection ou le bonheur.
Cette dimension symbolique doit toutefois être considérée avec nuance. La signification dépend du motif, de l’objet, de son contexte d’utilisation et parfois de la personne à laquelle il est destiné.
C’est l’association de tous ces éléments qui transforme l’ornement en message.
Maedeup et norigae : quelle différence ?
La confusion entre les deux termes est fréquente.
| Terme | Coréen | Désigne |
|---|---|---|
| Maedeup | 매듭 | Le nœud et, par extension, l’art traditionnel du nouage décoratif |
| Norigae | 노리개 | Un pendentif ornemental traditionnel porté avec le hanbok |
| Sul | 술 | Les franges ou houppes de fils qui terminent de nombreux ornements |
| Binyeo | 비녀 | Une longue épingle servant notamment à maintenir et décorer un chignon |
| Jangsingu | 장신구 | Terme général désignant les objets de parure et ornements personnels |
Un norigae peut donc comporter plusieurs maedeup, mais tout maedeup n’est pas un norigae.
Le maedeup peut décorer de nombreux autres objets.
Binyeo (비녀) : quand la coiffure devient un espace d’ornement

L’ornementation traditionnelle coréenne ne s’arrête pas au vêtement.
Le binyeo est une longue épingle utilisée pour maintenir un chignon. Sa fonction est pratique, mais son extrémité peut être suffisamment travaillée pour transformer l’objet en véritable pièce d’ornement.
Les sources historiques font remonter l’utilisation de formes de binyeo aux périodes anciennes, tandis que leur diversité s’accroît particulièrement sous Joseon. Or, argent, jade, perle, bronze, bois, corail ou matières animales ont pu être employés selon le statut social et les circonstances.
La partie décorative située à l’extrémité, appelée jamdu, pouvait adopter des motifs variés. Dragon, phénix, fleurs, bambou et autres formes n’étaient pas choisis uniquement pour leur apparence : certains pouvaient également exprimer des souhaits ou des valeurs. La matière, le décor et même la saison pouvaient intervenir dans le choix de l’épingle.
Le binyeo illustre ainsi une constante de l’ornement traditionnel coréen : un objet utile peut simultanément devenir un objet esthétique et symbolique.
Cheopji, tteoljam et daenggi : tout un monde autour de la coiffure
Autour du binyeo existent de nombreux autres ornements.
Durant la période Joseon apparaissent ou se développent différentes formes d’accessoires cérémoniels, parmi lesquelles les cheopji (첩지), les tteoljam (떨잠) et les rubans daenggi (댕기).
Le cheopji est un ornement porté avec certaines tenues cérémonielles. Sa forme pouvait elle aussi être liée au rang : les sources mentionnent notamment des modèles représentant un phénix ou une grenouille.

Le tteoljam, davantage associé aux femmes de haut rang lors d’occasions cérémonielles, pouvait prendre des formes rondes, carrées ou encore évoquer un papillon. Certains modèles étaient richement décorés de perles, d’émaux et d’autres matériaux précieux.

Le daenggi, quant à lui, est un ruban lié à la coiffure. Il rappelle que l’ornementation coréenne ne repose pas nécessairement sur des bijoux : le textile lui-même peut devenir un élément de parure.

Une esthétique du détail
Pris séparément, un nœud, une épingle ou une frange peuvent sembler modestes. Placés sur un hanbok, ils modifient pourtant profondément la silhouette.
Le norigae introduit une ligne verticale sur la tenue. Les longues franges prolongent le mouvement du corps. Le maedeup crée une zone dense et structurée entre le vêtement et le pendentif. Le binyeo prolonge horizontalement le chignon. Les couleurs des fils peuvent répondre à celles du hanbok sans nécessairement les reproduire exactement.
L’ornement devient donc une manière de construire un équilibre.
Le maedeup en est probablement l’exemple le plus remarquable. Malgré la complexité de sa fabrication, l’objet terminé paraît ordonné et naturel. La symétrie masque presque le chemin compliqué parcouru par le cordon.
C’est une esthétique où la virtuosité technique n’a pas besoin d’être ostentatoire.
Des accessoires liés à la société de leur époque
Les ornements permettent également de mieux comprendre la société coréenne traditionnelle.
Durant Joseon en particulier, la matière et la forme de certains accessoires sont liées aux distinctions sociales. Les femmes de la cour et des catégories sociales élevées avaient accès à des matériaux comme l’or, l’argent, les perles, le jade ou le corail, tandis que d’autres matériaux étaient employés par les catégories moins privilégiées. Certaines formes étaient également réservées à des personnes de rang particulier.
Ces objets donnent donc des informations qui dépassent largement l’histoire de la mode.
Maedeup, norigae et hanbok : trois éléments étroitement liés
Il serait finalement difficile de comprendre pleinement chacun de ces éléments séparément.
Le hanbok fournit le support et la silhouette.
Le maedeup apporte le savoir-faire du fil et du nœud.
Le norigae réunit cette technique à un ornement central et à des franges pour former un accessoire à part entière.
Autour d’eux, binyeo, cheopji, tteoljam, daenggi et autres objets complètent l’apparence de la personne.
L’ornement traditionnel coréen se trouve donc au croisement de plusieurs domaines : artisanat textile, bijouterie, costume, coiffure, histoire sociale et symbolisme.
C’est précisément ce qui le rend si riche à observer.
En conclusion
Un simple pendentif suspendu à un hanbok peut raconter beaucoup de choses.
Le maedeup révèle une maîtrise exceptionnelle du fil et de la symétrie. Le norigae transforme cette technique en un accessoire qui bouge avec le vêtement et peut transmettre des souhaits. Le binyeo montre qu’un objet destiné à maintenir une coiffure peut devenir une œuvre raffinée. Les autres ornements de tête et rubans complètent enfin un véritable langage visuel.
Regarder ces objets de près permet donc de découvrir une autre facette de la culture coréenne : celle où les plus petits détails du costume concentrent parfois une immense quantité de savoir-faire, d’histoire et de symboles.

